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3 août 2022 3 03 /08 /août /2022 15:54

 

 

La Société Agricole, Scientifique et Littéraire (S.A.S.L.) des Pyrénées-Orientales vous propose en cet après-midi du 3 août 2022 : Ille et le Roussillon à l'époque romantique, promenade à travers Ille-sur-Têt sur les pas de Prosper Mérimée.

 

Le départ se fera à 16 heures 30 de la place del Ram pour un parcours théâtralisé et guidé dans le vieux Ille avec l'association Le Temps du Costume Roussillonnais.

Puis dans la cour de la Maison du Comte, Clarisse Requena, docteur ès-lettres, spécialiste de Prosper Mérimée, parlera de "Mérimée et Ille à la lueur des dernières découvertes". 

 

 

Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales)

Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales)

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1 août 2022 1 01 /08 /août /2022 09:11

 

 

 

Le duo Canticel (comme chant en catalan, leur patrie de coeur) composé de la contralto Catherine Dagois et de l'organiste virtuose Edgar Teufel vous propose sa "Ballade" du mois d'août 2022 avec les concerts suivants :

 

Le dimanche 7 août à 17 heures, le duo se produira en l'église Saint-Martin de Limoux (Aude) avec un récital intitulé "Chants d'allégresse" organisé en collaboration avec l'association des Amis de l'orgue de l'église Saint-Martin de Limoux et la Commission Culture de la mairie de Limoux dirigée par David Fernandez.

 

Le vendredi 12 août à 18 heures 30, Canticel retrouvera avec fierté et bonheur la somptueuse cathédrale Sainte-Eulalie et Sainte-Julie d'Elne (Pyrénées-Orientales) pour un Concert de l'Assomption. Le duo a enregistré un disque en janvier 2019 dans cette cathédrale dont la construction a débuté au 11ème siècle, au coeur de l'épanouissement de l'art roman pour se poursuivre tout au long de la période gothique (14è et 15èmes siècles). 

 

Le lundi 15 août à 18 heures, Canticel se produira à Saint-Martin-du-Canigou ; le récital sera précédé d'une visite guidée de ce monastère bénédictin fondé en 1001.

 

 

Catherine Dagois et Edgar Teufel, couple dans la vie comme à la scène, vivent ensemble leur passion de la musique et ont, à ce jour, fait des tournées dans vingt-cinq pays sur quatre continents dans les plus belles salles et les plus belles cathédrales du monde. Le duo Canticel est unique par l'originalité de sa formation et l'immense étendue de son répertoire, de la Renaissance à la création contemporaine en passant par Bach, Vivaldi, Debussy, Ravel, Malher, Wagner, Ramirez, Piazzolla. 

 

Tous ces concerts sont avec libre participation.

Plus d'informations et de renseignements sur le site internet de Canticel et au 04 68 81 36 71.

 

  

Catherine Dagois et Edgar Teufel en l'église Saint-Martin (Perpignan) le 1er mai 2022

Catherine Dagois et Edgar Teufel en l'église Saint-Martin (Perpignan) le 1er mai 2022

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25 juillet 2022 1 25 /07 /juillet /2022 16:03

 

 

C'était il y a cent ans...

 

 

 

 

                      1922 (suite)

 

 

 

Durant les mois qui suivent la Conférence de Gênes (voir chapitre précédent), la chute du mark s'accélère et, le 12 juillet, les Allemands en profitent pour demander un moratoire pour le paiement des Réparations que le nouveau Premier ministre anglais Andrew Bonar Law (au 10 Downing Street à partir d'octobre 1922) acceptera. Le gouvernement français accepte cette proposition de moratoire à contrecoeur, non sans avoir demandé des gages en Rhénanie et dans la Ruhr.

 

28 juillet - Décès de Jules Guesde. Né Jules Bazile en 1847, Jules Guesde avait fondé le Parti ouvrier français avant d'être élu député de Roubaix en 1893. En 1902, son parti devient le Parti socialiste de France auquel adhéra Marcel Sembat. En 1905, ce parti fusionna avec le Parti socialiste français de Jean Jaurès pour fonder la SFIO. Jules Guesde fut ministre d'Etat sans portefeuille dans le cabinet de défense nationale dirigé par René Viviani (août 1914) auquel participait aussi Marcel Sembat en tant que ministre des Travaux publics. Dans l'hebdomadaire Les Hommes du Jour daté du 27 février 1915, Jules Guesde et Marcel Sembat eurent droit à un portrait croisé sous le titre "Les Socialistes et la Guerre".

   

Août - Les Britanniques repoussent la demande de gages exprimée par la France lors d'une conférence à Londres. Le président du Conseil annonce qu'il a la possibilité d'une action unilatérale de prise de gages. Il prépare l'occupation de la Ruhr.   

  

Eté 1922 - Paul et Gala Eluard, Max Ernst, son épouse Lou et leur fils Jimmy, Tristan Tzara et sa compagne, et Hans Arp passent l'été au Tyrol. Ils y sont rejoints par un journaliste américain, Matthew Josephson. Ce dernier, arrivé à Paris avec son épouse Hannah en octobre 1921 a fait la connaissance d'Aragon au vernissage de Man Ray le 3 décembre au Sans Pareil. Il rejoint alors avec enthousiasme le groupe Dada. Il est rédacteur de la revue Broom. Domiciliée à New York, cette revue est éditée à Rome depuis sa première parution en novembre 1921. Josephson la transportera à Berlin durant l'automne 1922 puis à New York durant l'été 1923. 

2 septembre - Arrivée à Paris du peintre Max Ernst grâce à de faux papiers. 

4 septembre - Décès à Chamonix de Marcel Sembat. Homme politique, député socialiste du 18ème arrondissement de Paris et amateur d'art, il était l'époux de la peintre Georgette Agutte. Ami de Henri Matisse et de Paul Signac, il a, à la tribune de la Chambre des députés, défendu en 1906 les théâtres populaires puis en 1912, les peintres cubistes.

Septembre-octobre - Louis Aragon est à Berlin. 

17 novembre - André et Simone Breton sont à Barcelone avec Francis Picabia qui y présente une exposition. Breton prononce une conférence. Simone contracte une paratyphoïde, maladie infectieuse provoquant des fièvres. Ces fièvres sont causées par des bactéries appartenant au genre Salmonella. La contamination résulte le plus souvent de l'ingestion d'eau ou d'aliments ayant subi une contamination fécale d'origine humaine ou d'une transmission directe de personne à personne. (Source : site internet de l'Institut Pasteur)

18 novembre - Décès de l'écrivain Marcel Proust.

 

18 novembre - Arrivée à New York de Georges Clemenceau pour une série de conférences. Ce voyage fut déclenché par une publication de l'écrivain britannique Rudyard Kipling intitulée The King's Pilgrimage (traduite en française par Réné Puaux sous le titre Le Pèlerinage du Roi d'Angleterre aux Cimetières du Front), parue simultanément en Angleterre dans le Times et aux Etats-Unis dans le New York World où est évoqué l'effort de guerre étatsunien suivi d'un retour des Etats-Unis à l'isolationnisme. Un texte qui avait grand bruit aux Etats-Unis. Un journalisme américain demande alors à Georges Clemenceau ce qu'il pense de ce texte. Clemenceau déclare qu'il n'est pas d'accord avec les attaques de Kipling et dit : "Je suis prêt à aller m'expliquer directement aux Etats-Unis de mon propre chef et sans aucune mission de personne pour dire franchement quels sont à mon avis les droits et les devoirs de chaque peuple." Il précise : "Pourquoi ce voyage aux Etats-Unis ? Pour la même raison que vos ancêtres sont allés là-bas, pour s'éloigner de quelque chose qui menace de saccager cette Europe et cette France : l'oppression. (...) Les hommes qui se battent pour la conquête peuvent être vaincus ; les hommes qui se battent pour un idéal, jamais." Et il ajoute : "J'ai toujours aimé votre peuple, depuis que je suis arrivé à New York à la fin de la guerre de Sécession (...) Vous êtes entrés dans la récente guerre parce que vous ne pouviez pas rester en dehors, et très probablement vous entrerez dans la prochaine, plus vigoureusement, et pour la même raison que dans ce nouveau monde scientifiquement réduit, vous ne pouvez vous sauver vous-mêmes en restant hors de la zone de bataille. (...) Vous serez probablement dans les parages pour sauver la France dans la prochaine guerre." L'accueil fait à Clemenceau par les Américains est délirant. Il leur déclare ce qu'il avait à leur dire : "Je viens expliquer à l'Amérique que la France n'est ni militariste ni impérialiste, et que si elle maintient une armée forte, c'est parce qu'elle n' a pas, dans l'état actuel de l'Europe, d'autres garanties. Que ces garanties soient et nous désarmerons !"    

 

Novembre - Première parution du magazine Mon flirt (121 rue Montmartre). En dernière page, la rubrique "Allô... mon flirt" est consacrée à des annonces de rencontres.

 

Alors que sa première exposition parisienne n'a pas eu un franc succès, Emmanuel Radnistsky est obligé, en 1922, pour gagner sa vie, de renoncer temporairement à la peinture pour se consacrer à la photographie. Il réalise alors des portraits de personnalités du monde de l'art. Il publie un recueil de rayographies (photographies réalisées sans appareil, empreintes en négatif d'objets familiers) intitulé Les Champs délicieux préfacé par Tzara. 

Natif de la région de Chicago, le photographe Edward Weston ouvre son studio de portraitiste près de Los Angeles en 1911. En 1922, il traverse les Etats-Unis pour rendre visite à sa soeur qui vit dans l'Ohio, puis il se rend à New York. Durant ce voyage, il photographie des poteaux télégraphiques, des lignes téléphoniques, les cheminées de l'usine ArmcoSteel. A New York, il photographie les gratte-ciel qui commencent à s'élever au-dessus de Manhattan. Il fera des sites industriels et de la nouvelle architecture le principal sujet de son art. Plus tard, lorsqu'il vivra au Mexique, il photographiera des objets d'art populaire et d'artisanat traditionnel en vente sur les marchés. "Les artisans qui les fabriquent sont, à ses yeux, spontanés et sans calcul, qualités qu'il ne retrouve pas chez des artistes comme Man Ray ou László Moholy Nagy, dont l'irritent les photographies racoleuses et maniérées."     

 

 

 

Les huit chapitres de Anni olibrius ont pu être écrits grâce à la consultation des ouvrages suivants (hormis les romans dont les titres ont déjà été cités) :

 

Histoire politique de la IIIème République (7 volumes) par Edouard Bonnefous

La fin d'un monde 1914-1929 par Philippe Bernard (Editions du Seuil, 1975)

La vie quotidienne au Palais-Bourbon à la fin de la IIIème République par André Guérin (Hachette, 1978)

Léon Blum par Jean Lacouture (Editions du Seuil, 1977)

Le monde selon Clemenceau par Jean Garrigues (Taillandier, 2014)

La constellation surréaliste par Alain et Odette Virmaux (La Manufacture, 1987)

Gala par Dominique Bona de l'Académie française (Flammarion, 1995)

Catalogue de l'exposition Jean Cocteau, sur le fil du siècle au Centre Pompidou (Paris) du 25 septembre 2003 au 5 janvier 2004.

Catalogue de l'exposition Entre Jaurès et Matisse, Marcel Sembat et Georgette Agutte à la croisée des avant-gardes, Archives Nationales (Paris) du 2 avril au 13 juillet 2008.

Edward Weston 1886-1958 par Terence Pitts et Ansel Adams (Taschen GmbH, 2013)

 

 

   

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20 juillet 2022 3 20 /07 /juillet /2022 10:17

 

 

 

Dimanche 24 juillet 2022 à 17 heures 30, dans la belle église du village de Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales) et à l'occasion des Fêtes de la Saint-Jacques, le duo Canticel composé de la contralto Catherine Dagois, à la voix profonde et rare en symbiose avec l'orgue de Edgar Teufel, vous offriront un voyage musical plein Sud mêlant musique savante et art populaire, de l'ouverture du Bourgeois Gentilhomme de Lully à l'Agnus Dei de la Messe Solennelle de Rossini en passant par les Indes Galantes de Rameau et quelques jolies surprises que les deux artistes, qui ont joué dans vingt-cinq pays à ce jour (sur quatre continents) dans les plus prestigieuses villes, cathédrales et philharmonies vous interpréteront pour ce concert à entrée avec libre participation.

 

Renseignements et informations sur le site internet de Canticel et au 04 68 81 36 71.

 

 

Récital  du duo Canticel à Canet-en-Roussillon le 24 juillet
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19 juillet 2022 2 19 /07 /juillet /2022 15:03

 

 

Il y a cent ans...

 

 

 

                      1922

 

 

 

On a vu dans les articles précédents qu'une (certaine) jeunesse malicieuse avait choisi de se noyer dans les pitreries, les enfantillages, les blagues de potache, pour mettre de l'animation, de la couleur, de l'ambiance à ces années d'après-guerre afin d'oublier et de faire oublier l'horreur des combats, le fracas des obus, les corps à corps à la baïonnette de la Première Guerre mondiale, conflit de plus de quatre ans (3 août 1914-11 novembre 1918) voulu par un agresseur perfide dirigeant une nation au "mépris de toute justice et de toute vérité, une régression à l'état sauvage" comme l'a écrit le philosophe Henri Bergson. Les petits plaisantins (dont certains, par la suite, imagineront leurs gags avec beaucoup trop de sérieux) sont au mitan de la vingtaine lorsque l'ennemi accepte de signer l'armistice. Ils sont jeunes, à peine sortis d'une adolescence qu'ils n'ont pas connue, ont porté l'uniforme durant plusieurs années bien qu'ils abhorrent toutes les guerres et n'accepteraient dans leurs rangs aucun planqué. 

Comme l'a écrit André Maurois en 1931 : "La victoire avait éveillé de grandes espérances. Les meilleurs des jeunes hommes avaient cru que le monde serait transformé par elle. (...) La déception semblait d'autant plus injuste que l'attente avait été plus généreuse. Les combattants n'étaient pas au pouvoir. Entre les classes, l'égoïsme et l'ignorance creusaient de nouvelles tranchées. Les méthodes qui devaient instaurer le bonheur préparaient le désordre et le chômage.*"                  

Afin de faire oublier la morosité ambiante, l'inflation, les licenciements, les dadaïstes font déjà, à leur façon, le buzz en chahutant lors de spectacles créés par celles et ceux qu'ils détestent, en faisant des procès d'intention à des écrivains qu'ils haïssent, en faisant le coup de poing au propre comme au figuré afin de choquer la bien-pensance, de scandaliser la bonne bourgeoisie, d'écarter celles et ceux qui ne sont pas - ou ne veulent pas être - de leur monde, d'être vus et remarqués par les média dont ils sont eux-mêmes les rédacteurs en chef de certains d'entre eux. S'il y avait eu des journaux télévisés de 20 heures, le présentateur aurait dû, quasiment chaque soir, se fendre d'un communiqué sur la dernière facétie, le dernier happening du groupe dada ou des surréalistes, obligeant tout bon père de famille à éteindre le poste parce que "certaines images risquent de choquer les plus jeunes téléspectateurs ainsi que les personnes les plus psychologiquement fragiles".       

Quelquefois je me demande comment se seraient passées les Années folles si Facebook, Instagram et Twitter avaient existé. Les moindres faits et gestes, volontaires ou inconscients, des artistes, peintres, poètes dadaïstes et autres auraient été scrutés à la loupe par des internautes avides de répandre en les déformant- et surtout d'instiller dans les esprits les plus faibles - les derniers cancans, les derniers chats, les dernières vidéos de leurs idoles devenues souffre-douleur, qu'ils auraient immédiatement et vivement commentées sur les réseaux en les accompagnant de commentaires racistes, sexistes, haineux et vengeurs censés faire rire les accros aux écrans qui auraient mis les protagonistes à cran. Breton injurié, Aragon vilipendé, Cocteau ridiculisé, Tzara malmené. Dans les années 20, on peut rire de tout, faire capoter une représentation théâtrale par caprice, stigmatiser par une mauvaise note des personnes qu'on ne fréquente pas ou peu parce qu'on n'a rien d'autre d'intéressant à faire. Ces polémiques - souvent beaucoup de bruit pour rien - rendent ces années vraiment folles. Les années 20, c'est top à la vacherie. 

 

 

2 janvier - André Gide reçoit un pneumatique (à l'époque on ne parlait pas encore de mail) de Walter Rathenau, homme politique allemand, ministre de la Reconstruction de mai à octobre 1921, "exprimant son désir de ne point quitter Paris sans m'avoir revu**". La rencontre a lieu à l'hôtel de Crillon. "Sa main n'a presque jamais quitté mon bras durant toute la conversation, dont "l'Europe entière court à l'abîme" était le refrain**." Nommé ministre des Affaires étrangères un mois plus tard, il sera assassiné à Berlin le 24 juin 1922.

 

6 janvier - Une entrevue entre Aristide Briand et David Lloyd George a lieu à Cannes. Le Premier ministre britannique propose au président du Conseil d'accepter l'octroi à l'Allemagne d'un moratoire permettant de sauver le mark. En contrepartie, les Anglais s'engagent à aider militairement la France en cas d'attaque allemande. Puis on convient de réunir à Gênes une nouvelle conférence où seront conviés vainqueurs et vaincus afin de réorganiser une Europe encore troublée. Briand penche pour ce compromis. Mais le président de la République et la presse nationaliste française dénoncent cette dangereuse politique. Rappelé à Paris par Millerand, Briand doit quitter Cannes prématurément. Attaqué de toutes parts lors d'un débat le 12 janvier à la Chambre, Briand n'attend pas le vote défavorable des députés pour quitter l'hémicycle en disant : "Voilà ce que j'ai fait ; voilà où nous en étions quand j'ai quitté Cannes ; d'autres feront mieux !" Il porte la démission de son gouvernement au président de la République qui demande à Raymond Poincaré d'en former un nouveau. Au sujet de la démission de Briand, un chroniqueur écrit : "M. Briand vient de se heurter à une sorte de réaction de pudeurs nationales contre les esquisses de flirt économique avec l'Allemagne." 

 

10 janvier - Ouverture au 28 de la rue Boissy d'Anglas du cabaret "Le Boeuf sur le toit" à quelques portes du domicile du barde breton Théodore Botrel (n°21) et à côté du lieu où mourut Lully en 1687 (n°30). Mais là on y joue pas la même musique : Jean Wiener est au piano, Jean Cocteau à la batterie.   

 

15 janvier - Le nouveau ministère dont douze membres appartenaient au précédent, se présente devant les députés. Dans son discours d'investiture, Poincaré réduit au minimum les problèmes de politique intérieure. Il fait graviter les problèmes les plus importants autour du paiement des Réparations. "L'Allemagne peut payer, dit en substance Poincaré, car elle organise sa misère apparente en avilissant sa monnaie, mais ses industries et son commerce sont prospères." Le gouvernement obtient la confiance par 472 voix contre 107. 

André Gide qui avait rencontré Walter Rathenau à Colpach (Grand-Duché de Luxembourg) deux ans plus tôt, avait entendu le futur ministre des Affaires étrangères de la République de Weimar lui dire que "l'état financier de l'Allemagne, dont la richesse (...) n'était point monétaire, mais dans toute sa force de production et dans la valeur ouvrière de son peuple, de sorte qu'elle ne commencerait à se relever (...) qu'à partir du jour où la valeur du mark serait réduite à zéro, et où elle serait forcée de repartir à neuf, sur des bases non conventionnelles mais réelles**". 

Au début de la législature, les gouvernements Millerand (1920), Leygues (1920-1921) et Briand (1921-1922) avaient bénéficié d'une large majorité englobant même les Radicaux. Mais l'intransigeance à l'égard de l'Allemagne, la question du vote des femmes favorisent le retour des Radicaux dans l'opposition.

 

Janvier - Parution d'une version traduite en français moderne de La Chanson de Roland par Joseph Bédier de l'Académie française. Document célèbre du fonds de la Bibliothèque bodléienne d'Oxford écrit vers 1120, ses 4002 vers ont été écrits dans un français qui se parlait en Angleterre après sa conquête par Guillaume le Conquérant.        

5 février - Décès du marchand d'art Paul Durand-Ruel. Il avait découvert le travail de Monet, Pissarro, Sisley, Degas, Renoir, Manet dans les années 1870 et avait organisé la deuxième exposition impressionniste dans sa galerie en 1876. Outre sa galerie parisienne, il avait ouvert une galerie à Bruxelles et à Londres. 

17 février - Une assemblée générale dada se tient à la Closerie des Lilas en vue de la préparation d'un "Congrès pour la détermination des directives et la défense de l'esprit moderne" voulu par André Breton. Tzara est hostile à la tenue d'un tel congrès. Lui et une quarantaine de participants torpillent l'initiative de Breton. Jean Cocteau soutient Tzara et signe la motion qui vise à censurer le congrès avec ces mots : "Tzara est mon ami". Cocteau devient plus anti-Breton que jamais. Breton et Aragon se brouillent avec Tzara.

23 février-15 mars - Exposition Henri Matisse chez Bernheim.

25 février - Exécution devant la prison de Versailles de Henri Désiré Landru.      

Mars - Paul Eluard fait paraître un recueil de poèmes intitulé Répétitions (édité au Sans Pareil) avec des illustrations de Max Ernst.

Parution de la nouvelle mouture de Littérature voulue par André Breton. 

Les couples Paul et Gala Eluard / Max et Lou Ernst passent les fêtes de Pâques à Imst au Tyrol. 

Mars-avril-mai - Jean Cocteau est alité pendant trois mois à cause d'une lésion inflammatoire des nerfs (névrite). Il part ensuite se reposer à Saint-Clair (Le Lavandou, Var) avec Raymond Radiguet pendant cinq mois.  

 

10 avril-19 mai - Conférence de Gênes : Poincaré ayant refusé d'y aller personnellement, c'est le ministre de la Justice Louis Barthou qui dirige la délégation française. Interdiction lui a été faite de faire la moindre concession sur le désarmement et les Réparations. Au cours de cette conférence économique internationale, on y discute Réparations et dettes russes.    

  

        

 

 

* Le Cercle de famille par André Maurois de l'Académie française (Editions Bernard Grasset, 1932)

** André Gide Journal 1889-1939 (Editions Gallimard, 1951)

  

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14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 10:05

 

 

 

                     1921 (suite)

 

 

Durant l'été 1921, le président du Conseil, Aristide Briand, estime que seule une politique de confiance à l'égard de l'Allemagne peut être féconde et riche d'avenir. Il déploiera tous ses talents diplomatiques au cours des conférences de l'automne 21 et de l'hiver 21/22.

 

 

2 juillet - Combat de boxe aux Etats-Unis entre les champions du monde le Français Georges Carpentier et l'Américain Jack Dempsey. Combat qualifié de "match du siècle". Dempsey bat Carpentier par KO. 

14 juillet - Arrivée à Paris de Man Ray. 

Août - Parution du n°20 de Littérature : André Breton prépare une nouvelle mouture de sa revue qui paraîtra à partir de mars 1922. Sa revue, car Breton en 1922 en deviendra le seul directeur, après avoir écarté Aragon et Soupault. Pendant ce temps, Tristan Tzara rejoint Max Ernst (qui a obtenu l'accord des autorités de son pays pour voyager) au Tyrol. 

15 septembre - André Breton et Simone Kahn se marient à la mairie du 17ème arrondissement. Ils passent leur voyage de noces au Tyrol.

 

Septembre - Aristide Briand consent à lever les sanctions économiques contre l'Allemagne. Mais lorsque le président du Conseil prend ces mesures, l'Allemagne ne peut plus payer les Réparations. Sa monnaie, le mark, s'effondre mois après mois. Le dollar qui valait 60 marks lors de la deuxième Conférence de Londres (voir chapitre précédent) en vaut maintenant 268. Pour les Britanniques, la chute du mark réside dans le fait que le montant des Réparations est trop élevé. Pour le gouvernement français, la chute de la monnaie allemande est due au refus du gouvernement allemand de les payer. 

7 octobre - Louis Loucheur, ministre des Régions libérées, négocie à Wiesbaden avec Walter Rathenau, ministre allemand de la Reconstruction, un accord qui prévoit par l'Allemagne le paiement d'une partie des Réparations en nature afin d'aider les sinistrés français par la livraison de produits de première nécessité dont du matériel roulant et du bétail. Les Britanniques qui craignent de voir s'installer durablement des liens de préférence entre les économies française et allemande ne donneront leur approbation à cet accord qu'en mars 1922 (qui sera vite caduc). Les industriels français, qui craignent pour leurs fructueuses affaires, voient aussi cet accord d'un mauvais oeil.

Wiesbaden, à quelques kilomètres de Mayence, est une ville thermale dont les sources ont été exploitées dès l'Antiquité romaine et qui s'est développée au début du 19ème siècle avec la construction de nombreux bâtiments par l'architecte Christian Zais (décédé à Wiesbaden en 1820). En 1921, est venu y vivre le peintre Alexej von Jawlensky (originaire de Russie). Installé en Allemagne en 1896, il a exposé un temps avec le Blaue Reiter et a créé avec Kandinski le groupe artistique dit de La Nouvelle association des peintres de Munich (NKVM). Il décédera à Wiesbaden en 1941.

   

10 octobre - André Breton et Simone Kahn sont à Vienne (Autriche) et rencontrent Freud.

 

29 octobre - En dépit de la vive opposition qui se manifeste à l'égard de sa politique étrangère, Aristide Briand se rend en personne à la conférence qui doit avoir lieu à Washington (Etats-Unis) et qui doit traiter du désarmement et de l'Extrême-Orient.

Le président républicain Warren Harding a lancé aux Alliés une invitation à venir discuter, le 11 novembre, dans la capitale étasunienne du désarmement et des questions concernant le Pacifique. Aristide Briand annonce alors son intention de se rendre lui-même aux Etats-Unis effectuant ainsi dans ce pays le premier voyage officiel d'un chef de gouvernement français. S'il souhaite quitter la France pendant six semaines, c'est parce qu'il espère ramener les Américains à s'intéresser aux affaires européennes et les rapprocher de la France. L'élection de Harding (novembre 1920) et la défaite du "ticket" démocrate James Cox-Franklin D. Roosevelt a mené au repli sur soi (isolationnisme), d'autant que le Sénat hostile au président Wilson a rejeté, en mars 1920, le Traité de Versailles et son idée de Société des Nations qualifiée par les Républicains d'invention infernale. 

La délégation française embarque au Havre le 29 octobre 1921. Elle comprend Albert Sarraut, ministre des Colonies et bon connaisseur des problèmes du Pacifique, René Viviani, Philippe Berthelot et plusieurs experts. Elle retrouve à Washington l'ambassadeur de France et un jeune spécialiste de l'Extrême-Orient, Alexis Léger (Saint-John Perse) dont Briand fera en 1925 son directeur de cabinet au Quai d'Orsay. 

La France est prête à désarmer à condition que les Alliés lui donnent leur garantie sur l'exécution des engagements de l'Allemagne. Mais la conférence renonce vite à discuter des armements terrestres. Briand se heurte à un front anglo-américain, doit accepter une hiérarchie des flottes de guerre qui place la France au 4ème rang mondial derrière les Etats-Unis, l'Angleterre et le Japon. Aristide Briand quitte Washington le 24 novembre laissant à Viviani le soin de diriger la délégation française. 

   

Octobre - Arrivée à Paris de l'écrivain américain Matthew Josephson qui se lie d'amitié avec Aragon et qui s'enthousiasme pour Dada.  

Automne - Paul Eluard et son épouse Gala sont au Tyrol. En rentrant à Paris, ils passent par Cologne où ils font la connaissance de Max Ernst et de son épouse Lou qui travaille au musée Wallraf-Richartz.

 

1er novembre - Le premier congrès socialiste d'après-scission permet de dresser la liste des forces fidèles au parti :

Un groupe parlementaire composé de 56 membres dont Léon Blum s'est depuis un an imposé comme le leader ; deux socialistes au Sénat ; quelques-une des grandes mairies comme Lille, Strasbourg, Grenoble, Brest, Puteaux, Montreuil, Alfortville ; quelques journaux influents - indépendamment du Populaire - comme Le Cri du Nord (Lille), Le Droit du Peuple (Grenoble), Le Populaire du Centre (Limoges), La Montagne (Clermont-Ferrand), Le Combat social (Montluçon), Le Midi Socialiste (Toulouse). 

 

10 novembre - Première au théâtre des Bouffes-Parisiens de l'opérette Dédé écrite par Albert Willemetz sur une musique de Henri Christiné, avec Maurice Chevalier qui dans l'acte I chante la chanson Dans la vie faut pas s'en faire.

 

24 novembre - A son retour à Paris, Briand rencontre une France hostile. Voyant que l'Allemagne est insolvable, il convoque une conférence à Cannes pour janvier 1922. 

 

3-31 décembre - Exposition d'oeuvres de Man Ray à la librairie Six (5 avenue Lowendal) dirigée par l'épouse de Philippe Soupault. Tenté par une carrière de peintre mais déçu par l'échec de son exposition, Man Ray se consacrera à la photographie. 

Décembre - Tristan Tzara est chez Ernst à Cologne.

Courant 1921 - Sonia Delaunay s'installe au 19 boulevard Malesherbes (tél : Elysées 10 88) : Sa mode, ses tableaux, ses tissus déposés.  

 

Le prix Nobel de la Paix 1921 est attribué à Hjalmar Branting et à l'homme politique norvégien Christian Lous Lange. Hjalmar Branting est le fondateur du parti socialiste suédois. Il fut aussi Premier ministre de son pays. La peintre Georgette Agutte a fait le portrait de Anna Jäderin, épouse de Branting, en 1919, tableau qui fut exposé au Salon d'automne de la même année.   

Le prix Nobel de Littérature 1921 est attribué à Anatole France. 

Le prix Nobel de Physique 1921 est attribué à Albert Einstein. 

Le prix Goncourt 1921 est attribué à l'écrivain René Maran (natif de Fort-de-France) pour son roman Batouala.  

 

 

 

 

 

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13 juillet 2022 3 13 /07 /juillet /2022 09:42

 

 

 

                     1921

 

 

"Dans la vie faut pas s'en faire..."

 

 

Décembre 1920- janvier 1921 - Exposition à la galerie Berthe Weil (46 rue Laffitte) intitulée Fauves, cubistes et post-cubistes

 

8 janvier - Inhumation du Soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe en présence du président de la République Alexandre Millerand, de tout le Gouvernement et du Premier ministre britannique Lloyd George*.

12 janvier - Raoul Péret, président de la Chambre des députés, lit à Georges Leygues, les interpellations de certains députés. Le président du Conseil propose de les ajourner et de poser la question de confiance sur leur renvoi après la Conférence de Paris qui doit s'ouvrir quelques jours plus tard. Mais 447 députés s'opposent à cet ajournement et refusent la confiance. Cette opposition marque la fin logique d'un processus visant à renverser Leygues - et son gouvernement -, à qui on reproche d'avoir repris sans le changer le ministère Millerand qui avait été formé au lendemain de l'élection de Paul Deschanel à la Présidence de la République. Leygues est accusé de manifester une trop grande docilité envers Millerand et de manquer de fermeté dans la question des Réparations. Leygues présente sa démission au président de la république qui demande à Aristide Briand de former un nouveau gouvernement. 

20 janvier - Aristide Briand présente le gouvernement qu'il vient de former devant les députés. Dans son discours d'investiture, il prend soin d'affirmer sa fidélité au Traité de Versailles et sa ferme volonté (de nos jours, on emploierait le mot "détermination") d'en obtenir l'application : "La sanction de la guerre, la conséquence de la victoire, c'est l'exécution du Traité. L'Allemagne est vaincue, mais aucune de ses mines, de ses usines, n'a été détruite ; ses forces de production restent entières et même les conditions infligées par la défaite lui ouvrent les plus larges espoirs d'expansion économique. Il est possible de prévoir son prompt relèvement." Briand, qui est aussi ministre des Affaires étrangères, obtient la confiance de la Chambre.

Après une scolarité à Nantes et à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure ; maintenant on dit Loire-Atlantique), Aristide Briand arrive à Paris en 1883 pour y suivre des études de droit. En 1889, il se présente à la députation dans l'arrondissement de Saint-Nazaire en tant que candidat radical et boulangiste. Dans son programme, il souhaite (entre autres) la suppression du Sénat ou tout au moins son élection par un mode plus conforme aux principes du suffrage universel, la séparation des Eglises et de l'Etat, la suppression des trésoriers-payeurs généraux et des grosses sinécures, la suppression de l'inamovibilité des juges, des réformes fiscales (impôt progressif et proportionnel), la création de caisses et de maisons de retraite pour les vieux ouvriers sans famille. Il est battu mais sera élu député de Saint-Etienne en 1902 et le restera jusqu'en 1919. De 1906 à 1909, il est ministre de l'Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes. Il est président du Conseil du 24 juillet 1909 au 27 février 1911 puis de nouveau du 21 janvier 1913 au 18 mars). En 1914-1915, il est ministre de la Justice et vice-président du Conseil dans le Cabinet Viviani (Delcassé y est ministre des Affaires étrangères, Millerand ministre de la Guerre, Sembat ministre des Travaux publics). Il est de nouveau président du Conseil en octobre 1915 mais la démission de son ministre de la Guerre, le général Lyautey, entraîne le chute de son gouvernement en mars 1917. 

24-29 janvier - Conférence interalliée de Paris présidée par Briand qui réunit Lloyd-George et Lord Curzon (pour la Grande-Bretagne), le comte Sforza (pour l'Italie), les ministres des Affaires étrangères et des Finances belges et le vicomte Ishii, ambassadeur du Japon. Lloyd-George arrive à Paris avec l'intention de s'en tenir aux conclusions des conférences de Hythe, Boulogne et Spa que le Parlement français considère comme des capitulations du gouvernement. Paul Doumer, ministre des Finances, est chargé d'exposer les revendications françaises. Le chiffre avancé par le ministre au titre des Réparations est de 210 milliards de marks, dont 52% pour la France. Lloyd-George répond qu'il faut avant tout compter avec la capacité réelle de paiement de l'Allemagne et qu'il convient de ne pas tarir la source par des prélèvements excessifs. Pour maintenir l'entente entre la France et la Grande-Bretagne, meilleure garantie de l'exécution du Traité de Versailles, Briand admet le principe anglais de proportionner les Réparations à la capacité de paiement de l'Allemagne. Le rôle de la Commission des Réparations, primitivement chargée d'évaluer les dommages de guerre, se voit alors réduite à un simple contrôle de l'état des finances de l'Allemagne. Durant cette conférence, on décide d'inviter à Londres, du 27 février au 3 mars, des représentants allemands.  

 

4 février - naissance de Paul, fils de Pablo Picasso et de Olga Khokhlova.

 

27 février - 3 mars - Lors de la Conférence de Londres, Lloyd George reste sur ses positions et soutient que les Réparations doivent être proportionnées à la capacité de paiement de l'Allemagne. Walter Simons, ministre allemand des Affaires étrangères, développe une thèse qui aboutit à la "conversion" des sommes fixées à Paris à un total de 30 milliards de marks en énumérant les conditions de son versement, la première étant l'annexion par l'Allemagne de la Haute-Silésie. Lloyd George fait alors éclater sa colère : "Il est temps de lever la séance car dans cinq minutes nous finirions par devoir de l'argent à l'Allemagne". Le Premier ministre anglais se rend alors compte qu'il ne faut pas se fier aux dirigeants allemands pour apprécier en toute objectivité la capacité réelle de l'Allemagne à pouvoir payer les Réparations. Un ultimatum est envoyé à Berlin : "Si avant le 7 mars, le gouvernement allemand n'a pas donné son adhésion à l'accord de Paris, des sanctions économiques seront appliquées par les Alliés : occupation de Duisbourg et de Dusseldorf ; établissement d'une ligne douanière sur le Rhin sous le contrôle des Alliés". L'ultimatum est repoussé par Berlin. Le 8 mars, les troupes alliées occupent les principaux centres de l'industrie allemande.

15 mars - Les députés français accordent leur confiance à Briand par 491 voix contre 66.

  

10-19 mars - Exposition Raoul Dufy à la galerie Bernheim-Jeune. 

24 mars - Décès à Céret (Pyrénées-Orientales) du compositeur Déodat de Séverac. Après des études de droit (abandonnées) et de musique auprès de Vincent d'Indy, ce régionaliste convaincu regagne le sud de la France où il est né en 1873 pour composer des partitions qui respirent le Languedoc et la Catalogne comme dans En Languedoc, Cerdaña et Baigneuses au soleil. Ses nombreux séjours à Céret ont nourri son inspiration et dans ses oeuvres il a souvent fait appel aux instruments de musique traditionnelle catalane.

Mars - Dans le numéro 18 de Littérature sont notées, comme au collège, de -25 à +25 des personnalités du monde de l'art. Jeu d'enfant qui amuse et passionne surtout André Breton (qui obtient la meilleure note). Certains donnent systématiquement la note de -20 à tout le monde tandis que d'autres avancent des chiffres au hasard. Max Jacob juge ce numéro de Littérature du plus haut comique. Jean Cocteau, honni de Breton, ne figure pas parmi ces personnalités qui passent à la toise.          

Avril-mai - Exposition Albert Gleizes à la galerie Chez La Cible tenue par Jacques Povolozky (13 rue Bonaparte).

 

30 avril - Une deuxième conférence s'ouvre à Londres pour discuter des conclusions de la Commission des Réparations. Un montant de 132 milliards de marks est fixé au titre des Réparations. 

 

Avril-mai - Paul Eluard et son épouse Gala sont en villégiature sur la Côte d'Azur. Gala qui aime jouer, "perd - elle est joyeuse - de petites fortunes au casino"**.

"En sortant du trente et quarante, je ne possédais plus un radis de l'héritage de ma tante...

Dans la vie faut pas s'en faire..." 

2 mai - Exposition d'oeuvres de Max Ernst au Sans Pareil. Ernst que Tzara ne cesse de louer (au grand dam de Picabia) est un artiste subversif qui vit à Cologne où une des ses expositions a tourné à l'émeute, la police intervenant pour arrêter l'artiste. L'exposition de l'artiste allemand (absent car privé de passeport) donne lieu à un beau chahut.

 

11 mai - Berlin accepte sans conditions les décisions des Alliés. Après cette conférence, la confiance est accordée à Briand par 390 voix contre 162. 

    

13 mai - André Breton préside un "procès" au nom de Dada intenté à Maurice Barrès pour crime contre la sûreté de l'esprit.

30 mai-10 juin - Exposition d'oeuvres de Georgette Agutte à la galerie Druet, 8 rue Royale.

10 juin - Représentation à la galerie Montaigne (13 avenue Montaigne) lors d'un salon dada de la pièce en trois actes Coeur à gaz écrite par Tristan Tzara. Une seconde représentation est prévue pour le 18 juin.  

18 juin - Création au théâtre des Champs-Elysées de la pièce de Jean Cocteau Les Mariés de la Tour Eiffel sur une musique du groupe des Six.

 

 

* Source : site internet paris-arc-de-triomphe.fr

** Gala par Dominique Bona de l'Académie française (Flammarion, 1995) 

              

 

 

 

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8 juillet 2022 5 08 /07 /juillet /2022 15:04

 

 

 

                    1920 (suite)

 

 

 

Accrochez-vous ! La lecture de ce chapitre risque de vous paraître longue et fastidieuse. En effet, beaucoup d'événements se sont produits au cours du second semestre de l'année 1920. Il se peut même que la fin de ce chapitre connaisse une scission.

Petit rappel du chapitre précédent :

Paul Deschanel est le président de la République ; Alexandre Millerand est le président du Conseil depuis janvier. "Alexandre Millerand, l'ancien socialiste devenu l'homme à poigne de la bourgeoisie. (...) le chef du gouvernement recrute partout des briseurs de grève (Il aura le concours de 10 000 volontaires.) [et] non content d'avoir brisé la grève de mai avec une brutalité sans précédent, [il] prétend entraîner la France dans une croisade militaire contre l'Union soviétique en envoyant un corps expéditionnaire en Pologne*."

 

Juin-juillet - Jean Cocteau est à Londres pour la version anglaise du spectacle Le Boeuf sur le toit.

Août-octobre - Jean Cocteau séjourne au Piquey (Bassin d'Arcachon), "mon île déserte".

Août - Louis Aragon séjourne à l'hôtel du Levant à Perros-Guirec (Côtes-du-Nord/Côtes d'Armor) ; André Breton est chez ses parents à Lorient (Morbihan) ; André Gide est en Angleterre avec Marc Allégret (Ce dernier est l'un des fils du pasteur Elie Allégret qui fut le tuteur de Gide après la mort de son père) ; Pablo Picasso et son épouse Olga Khokhlova passent l'été à Juan-les-Pins et rejoignent Serge de Diaghilev à Monte-Carlo.

 

Fin août - Marcel Cachin (directeur du journal L'Humanité depuis 1918) et Ludovic-Oscar Frosssard rentrent de Russie où ils ont assisté au 2ème Congrès de la IIIème Internationale. Eblouis et convertis par ce qu'ils viennent de voir et d'entendre lors de ce congrès, tous deux se lancent dans une campagne effrénée en faveur de l'adhésion du Parti Socialiste à cette IIIème Internationale. Le journal L'Humanité se transforme en organe de propagande et une campagne pro-soviétique est menée en tous lieux pour cette adhésion.

 

20 août-12 septembre - Jeux Olympiques d'Anvers (Belgique). Les Etats-Unis remportent 95 médailles, la France 41 et le pays hôte 36. 

27 août - Suicide de Lazare Kessel (frère cadet de Joseph Kessel) dans un meublé du 12 de la rue de la Sorbonne. Acteur prometteur, il avait reçu quelques semaines auparavant le prix d'excellence de tragédie pour son interprétation dans le quatrième acte de Ruy Blas. 

 

17 septembre - L'état de santé du président de la République ne s'améliorant pas, le Conseil des ministres se réunit pour décider d'une date de réunion des Chambres en session extraordinaire afin de prévoir l'élection d'un nouveau président. 

21 septembre - Le message du président de la République est lu à la Chambre des députés par son président, Raoul Péret : 

"Messieurs les députés, Messieurs les sénateurs,

Mon état de santé ne me permet plus d'assurer les hautes fonctions dont votre confiance m'avait investi lors de la réunion de l'Assemblée Nationale le 17 janvier dernier. L'obligation absolue qui m'est imposée de prendre un repos complet me fait un devoir de ne pas tarder plus longtemps à vous annoncer la décision à laquelle j'ai dû me résoudre. Elle m'est infiniment douloureuse et c'est avec un déchirement profond que je renonce à la noble tâche dont vous m'aviez jugé digne. (...) Ce sera le rôle et l'enviable privilège de mon successeur de glorifier dans quelques jours, devant le monde, l'oeuvre de la République, qui après avoir, il y a cinquante ans, sauvé l'honneur, a ramené sous nos drapeaux l'Alsace et la Lorraine. Certain de remplir le plus cruel, comme le plus impérieux des devoirs, je dépose sur le bureau du Sénat et sur celui de la Chambre des députés ma démission de président de la République."

24 septembre - Les Chambres réunies en Congrès à Versailles procèdent à l'élection du nouveau président de la République. Alexandre Millerand est élu face à un socialiste. Le jour même le président nouvellement élu désigne Georges Leygues pour être le nouveau président du Conseil. Ce dernier présente le lendemain un gouvernement - qui reprend les membres du précédent - devant les députés en prononçant le discours suivant dont voici le début :

"Messieurs, le ministère qui se présente devant vous est composé des hommes qui furent les collaborateurs dévoués de la politique à laquelle l'Assemblée Nationale a donné une considération éclatante en élevant le président du Conseil à la plus haute magistrature de la République. Appelé par la confiance du chef de l'Etat au redoutable honneur de lui succéder à la tête du gouvernement, je m'inspirerai de son exemple : je m'appliquerai à continuer son programme et son oeuvre. Les principes qui guidèrent la Cabinet sont ceux qui furent exposés aux deux Chambres, le 22 janvier dernier. Il me suffira de les rappeler brièvement.

Au point de vue intérieur : défendre les libertés et les lois ; fortifier et améliorer les institutions républicaines ; réaliser les réformes sociales attendues par la démocratie ; acquitter à nos vaillants mutilés et aux familles de nos morts glorieux la dette sacrée que nous avons contractée (voir ci-dessous la règle de grammaire) envers eux ; abréger les longues souffrances des régions dévastées, si fières, si fermes, si courageuses dans le malheur, en hâtant la reconstruction de leurs foyers ; stimuler par tous les moyens l'activité productrice du pays ; administrer nos finances avec la plus sévère économie.  

Au point de vue extérieur : exiger la stricte application des traités ; ne laisser prescrire aucun de nos droits ; faire de la Société des Nations un organisme vivant et puissant pour fermer l'ère des grandes guerres ; constituer une armée et une marine, facteur de notre politique ; maintenir notre prestige à la hauteur où l'a porté la victoire."

Après ce discours, le président de la Chambre fait savoir à Leygues que deux députés socialistes veulent l'interpeller. Bracke lui demande si le gouvernement va continuer de gêner à l'extérieur l'action du gouvernement des soviets. Leygues lui répond : "Je ne veux pas qu'on parle toujours de la Révolution russe et jamais du peuple russe. L'amitié du peuple russe, nous voulons la conserver. M. Bracke m'a demandé aussi en parlant de la Hongrie, si je voulais favoriser, en ce moment, la monarchie hongroise. (...) Mais ce que je peux lui affirmer pour maintenant et pour demain, c'est que le gouvernement n'interviendra pas dans la politique intérieure d'aucune nation étrangère."

Bracke : "Je demande si vous y comprenez la Russie."

Leygues : "Nous n'intervenons pas dans la politique intérieure de La Russie. Nous nous efforçons seulement d'en libérer nos malheureux nationaux qui y sont encore retenus prisonniers comme nous y défendons nos intérêts pour leur éviter d'être compromis. La vérité est que la France est le plus désintéressé de tous les peuples."

Berthon demande alors si le gouvernement va continuer de retenir en prison les organisateurs des grèves du 1er mai 1920 sous l'inculpation de complot. Leygues répond que le précédent Cabinet a réglé cette question et qu'il n'y a plus à y revenir.

Le gouvernement formé par Georges Leygues est investi par les députés. 

Pour la petite histoire, Georges Leygues, qui avait été ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts dans les premières années du 20ème siècle, avait édité un arrêté dont "le point le plus important en était l'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir. Le ministre Georges Leygues admit d'abord qu'on "tolérerait" que le participe reste invariable dans tous les cas où l'on prescrit aujourd'hui de le faire accorder avec le complément : "les livres que j'ai lu ou lus", "la peine que j'ai pris ou prise". Mais, sur le refus de l'Académie, on dut restreindre cette tolérance et n'admettre l'invariabilité du participe que lorsqu'il est suivi soit d'un infinitif, soit d'un participe présent ou passé : "la femme que j'ai entendu (ou entendue) chanter", "les [chats] sauvages que l'on a trouvé (ou trouvés) errant dans les bois.**" 

 

Pendant ce temps, le franc français continue de se déprécier face à la livre sterling et au dollar. "C'était le moment de la livre à soixante francs et je me souviens qu'il disait : "Vous savez que c'est très loin de représenter la valeur réelle de la livre ; vous devriez dire à votre mari de placer au moins une partie de sa fortune en valeurs étrangères parce que, vous comprenez...***"

Si la livre sterling est chère, les fleurs, elles, ne le sont pas !

3 novembre - André Gide écrit dans son Journal : "Invité à déjeuner (...) avec Paul Valéry et Cocteau. (...) Je n'avais pas échangé trois phrases que déjà j'étais exaspéré. (...) Me voyant réduit au silence (...) Cocteau déclara que j'étais d'une "humeur exécrable"****.

 

8 novembre - La Chambre des députés vote à l'unanimité pour l'inhumation du Soldat inconnu à l'Arc de Triomphe*****.

11 novembre - La dépouille du Soldat inconnu est transférée dans une salle à l'intérieur de l'Arc de Triomphe*****.

16 décembre - André Lefèvre, ministre de la Guerre, démissionne parce qu'il est partisan d'un projet fixant à deux ans la durée du service militaire pour assurer la sécurité de la France alors que ses collègues jugent suffisante une durée de dix-huit mois. 

17 décembre - A la Chambre des députés, la séance s'ouvre sur une question du général de Castelnau : "L'Allemagne est-elle ou n'est-elle pas désarmée ? Je vous demande respectueusement de répondre à cette question et de calmer, s'il y a lieu, les inquiétudes et les émotions qui ont pu se produire dans le pays." Georges Leygues répond : "L'Allemagne est-elle désarmée ? L'Allemagne est-elle totalement désarmée ? Je dis non. Est-elle en voie de désarmement ? Je réponds oui. Désarme-t-elle de son plein gré ? Exécute-t-elle le Traité strictement ? Non. Elle élude ses obligations autant qu'elle le peut. Il y a, pour l'exécution de certaines clauses, des retards inadmissibles, qu'il faut faire cesser. (...) Au premier octobre, l'armée allemande avait été réduite à 150 000 hommes. Elle doit être réduite à 100 000 hommes au premier janvier 1921. Qu'est-ce que la France pourrait opposer à l'Allemagne si elle était obligée de faire face à une menace ou si elle était contrainte d'imposer l'exécution du traité ? La France lui opposerait un très puissant matériel et une armée de 700 000 hommes admirablement entraînés et encadrés. (...) Le pays doit être rassuré, il doit avoir confiance, il ne court aucun danger."

 

25 décembre - Raymond Radiguet qui n'avait pas vu Parade au Châtelet en mai 1917 a assisté au cours de la semaine passée à la reprise du ballet et écrit un article élogieux dans Le Gaulois. Moins élogieux est Gide qui dans son Journal écrit le 1er janvier 1921 : "Avant mon départ, été voir Parade - dont on ne sait ce qu'il faut admirer le plus : prétention ou pauvreté. (...) [Cocteau] sait bien que les décors, les costumes sont de Picasso, que la musique est de Satie, mais il doute si Picasso et Satie ne sont pas de lui.****"

 

25-29 décembre - "Dans la salle du Manège de Tours [détruite en 1940 par un bombardement allemand] (...) 285 délégués représentant 89 fédérations socialistes sur 95 se rassemblent le 25 décembre 1920, dans la matinée. C'est le jour de Noël, mais ces militants laïques n'en ont cure.*" Malgré les efforts de Léon Blum et de Marcel Sembat (entre autres) qui se prononcent contre l'adhésion à la IIIème Internationale le 26 décembre, l'issue du Congrès de Tours n'est plus un secret pour personne. Marcel Cachin, convaincu que la seule solution pour aboutir à la reconstruction de l'unité internationale est de s'entendre avec "Moscou la victorieuse" dit à la tribune que la Russie est un grand pays radicalement débarrassé de toute bourgeoisie, de tout capitalisme, dirigé uniquement par les représentants de la classe ouvrière, de la classe paysanne. Le vote qui clôture le Congrès vient confirmer que la scission est inévitable. L'adhésion à la IIIème Internationale recueille 3 208 mandats, la tendance réformiste 1 022. L'unité socialiste a vécu et la Parti Communiste (SFIC) voit le jour. 

 

Le prix Nobel de la Paix 1920 est attribué à Léon Bourgeois.

Le prix Nobel de Littérature 1920 est attribué à l'écrivain norvégien Knut Hamsun. 

Le prix Goncourt 1920 est attribué à Ernest Pérochon pour son roman Nêne.   

 

 

 

       

* Léon Blum par Jean Lacouture (Editions du Seuil, 1977)

** Le livre de l'orthographe par Bernard Pivot (Hatier, 1989) 

*** Climats par André Maurois de l'Académie française (Grasset, 1928)

**** André Gide Journal 1889-1939 (Editions Gallimard, 1951)

***** Source : site internet paris-arc-de-triomphe.fr 

 

 

 

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4 juillet 2022 1 04 /07 /juillet /2022 11:19

 

 

La Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales (fondée en 1833) vous invite à une rencontre exceptionnelle le mercredi 6 juillet 2022 à 18 heures 30 au Centro Espagnol de Perpignan.

 

La chorégraphe et historienne argentine Teresita Campana de la Compagnie de Danse baroque de Buenos Aires nous présentera une conférence dansée (conferencia danza) consacrée au Codex Martinez Campañón, un manuscrit contenant des images et des partitions relatives à la musique et à la danse dans l'ancienne vice-royauté du Pérou au 18ème siècle, marquées par un fort métissage entre influences européennes et indigènes.

 

La S.A.S.L. est heureuse d'accueillir en exclusivité au Centro Espagnol de Perpignan (26 rue Jeanne d'Arc) cette artiste pour sa première en France, au cours de sa tournée européenne et tient à marquer ici une première étape vers d'autres projets associant le baroque latino-américain au baroque catalan. 

 

Conférence dansée en entrée libre.

 

       

Conferencia danza au Centro Espagnol de Perpignan le 6 juillet
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23 juin 2022 4 23 /06 /juin /2022 09:13

 

 

 

                    1920

 

 

17 janvier - Députés et sénateurs se réunissent à Versailles pour élire le nouveau président de la République. L'article 2 de la loi des 25-28 février 1875 (Constitution de la IIIème République) relative à l'organisation des pouvoirs publics stipule que "le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et par la Chambre des députés réunis en Assemblée Nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible". Raymond Poincaré, élu en 1913, ne souhaite pas se représenter. En raison de ses éminents et loyaux services durant la guerre, Georges Clemenceau s'attend à succéder à Raymond Poincaré à la présidence de la République. Son prestige et sa popularité sont immenses. Trop !? Les députés qu'il a conduit rudement durant le conflit ne l'aiment guère. Ceux-ci craignent qu'il ne s'installe à l'Elysée non pour présider mais pour continuer de gouverner. Clemenceau est écarté lors d'un vote préparatoire (16 janvier). Radicaux et Socialistes lui sont hostiles et les modérés qui pourraient voter pour lui préfèrent porter leurs suffrages sur la candidature du président de la Chambre des députés, Paul Deschanel de l'Académie française, qui est élu. Vexé par cet échec, Georges Clemenceau démissionne de son poste de président du Conseil et quitte la vie politique. Toujours en poste, Raymond Poincaré demande à Alexandre Millerand de former un gouvernement.

 

17 janvier - Georges Clemenceau est à Giverny chez Claude Monet. Ils sont amis depuis les années 1860. Dès la nouvelle de l'armistice connue, Monet a décidé de faire don à l'Etat de vingt-deux panneaux qui forment les Nymphéas du musée de l'Orangerie. Mais la démission de Clemenceau donne un coup d'arrêt (momentané) à ce projet.

24 janvier - Décès du peintre Amedeo Modigliani qui vivait en France depuis 1906.     

28 janvier-29 février - Salon des Indépendants.

Début janvier - Tristan Tzara débarque à Paris. Il loge chez Francis Picabia, rue Emile Augier. Initiateur du mouvement "Dada", Tristan Tzara, natif de Roumanie, s'est installé en Suisse pendant la guerre et y a fondé, à Zurich, le dit mouvement en réaction contre l'absurde boucherie des combats. Il se fait connaitre à Paris en envoyant des poèmes inclus dans différentes parutions de la revue Dada. Très vite, il est en relation avec Breton (qui souhaite un temps faire fusionner Littérature avec Dada sous la direction de Tzara), Soupault et Aragon (qui a parlé de sa poésie dans le premier numéro de Littérature en mars 1919) et qui tous trois ont hâte de le voir à Paris. Selon Tzara, les oeuvres dada doivent être "fortes, droites, précises et à jamais incomprises"*. 

Courant janvier - Parution aux Editions de la Nouvelle Revue Française (NRF, 35-37 rue Madame) du numéro 1 de la collection Les peintre français nouveaux, ouvrage illustré intitulé Henri Matisse, trente reproductions de peintures et dessins précédées d'une étude critique par Marcel Sembat. Marcel Sembat, député du 18ème arrondissement de Paris (élu en 1893, il conservera son siège jusqu'à sa mort en 1922), fut ministre des Travaux publics de 1914 (dans le Gouvernement de René Viviani ; Alexandre Millerand y était ministre de la Guerre) à 1916. Son chef de cabinet s'appelait Léon Blum. En 1897, il a épousé la peintre Georgette Agutte, élève de Gustave Moreau aux Beaux-Arts. Critique d'art et collectionneur, Marcel Sembat a rencontré Henri Matisse en 1903 et tous deux entretiennent depuis lors une abondante correspondance.     

    

12 février - Les députés élisent Raoul Péret (seul candidat) comme président de la Chambre des députés en remplacement de Paul Deschanel.

18 février - Paul Deschanel fait son entrée officielle à l'Elysée lors de la traditionnelle cérémonie de passation des pouvoirs. Le nouveau président de la République reconduit Millerand dans ses fonctions de président du Conseil. 

19 février - Paul Deschanel adresse un message au Parlement que Alexandre Millerand, président du Conseil, lit au Palais Bourbon tandis que le Garde des Sceaux le lit au Sénat. L'article 6 de la loi des 16-18 juillet 1875 relative aux rapports des pouvoirs publics précise que "le président de la République communique avec les Chambres par des messages qui sont lus à la tribune par un ministre". Le dit message commence ainsi : "Il n'est pas de plus haut destin que de servir la France. Je vous rends grâce de m'avoir permis de la servir encore avec vous."

 

21 février - Création du spectacle Le Boeuf sur le toit à la Comédie des Champs-Elysées avec les clowns Fratellini dans une mise en scène de Jean Cocteau, des décors et des costumes de Raoul Dufy et une musique de Darius Milhaud.

   

Courant février - Le Congrès national des Socialistes se tient à Strasbourg. La tendance communiste favorable à l'adhésion à la IIIème Internationale écrase la tendance réformiste. Mais le congrès en reste là. Seule est prise la décision d'envoyer au 2ème congrès de la IIIème Internationale qui doit se tenir à Moscou du 19 juillet au 7 août, Marcel Cachin et Jean Longuet (petit-fils de Karl Marx). Pendant que se tient ce congrès, la CGT lance un ordre de grève pour les cheminots de la compagnie PLM. Une dure réplique patronale entraîne un mouvement de grève dans les autres compagnies. Début mars, débute une grève des mineurs du Nord.

 

Février - Tristan Tzara publie dans le 6ème numéro de la revue Dada, la liste dans l'ordre alphabétique des collaborateurs du Mouvement Dada : membres fondateurs, artistes connus et inconnus, sympathisants de la première heure. Jean Cocteau, qui dès 1918 s'est auto-proclamé successeur de Guillaume Apollinaire s'attirant les foudres des dadaïstes, n'y figure pas ; Raymond Radiguet à qui André Breton a pourtant ouvert les colonnes de Littérature n'y figure pas davantage. 

3-16 mars - Deuxième exposition de la Section d'Or à la galerie La Boétie. C'est lors de la première exposition - qui s'était tenue en 1912 - que Guillaume Apollinaire avait annoncé l'apparition d'une nouvelle peinture, l'orphisme qu'il associait à Delaunay, Kupka et Picabia. La deuxième édition de ce salon provoque critiques et gausseries de la part des "dadaïstes". Albert Gleizes est raillé par Francis Picabia et Georges Ribemont-Dessaignes pour ses idées socialistes et religieuses.    

27 mars - Est jouée au théâtre de l'Oeuvre la pièce dada de André Breton et Philippe Soupault intitulée S'il vous plait.

Mars-avril - Séjour de Jean Cocteau et de Raymond Radiguet à Carqueiranne (entre Toulon et Hyères). 

 

Avril - Le dollar est à 16 francs ; l'indice des prix à la consommation atteint 412 (pour une base de 100 en juillet 1914).

 

16 avril - Vernissage au Sans Pareil (37 avenue Kléber. Téléphone : Passy 25 22) de l'exposition (jusqu'au 30 avril) de tableaux et dessins dada de Francis Picabia. Le peintre peine alors à trouver un éditeur pour son livre provocateur Jésus Christ rastaqouère. Le livre paraitra au Sans Pareil.  

 

18-26 avril - Conférence de San Remo

1er mai - Le 28 avril avril, la CGT donne ordre de grève générale pour le 1er mai pour les cheminots, les mineurs, les ouvriers du bâtiment et les dockers. A Paris et dans quelques grandes villes, il y a de violents affrontements entre manifestants et forces de l'ordre. Ces grèves irrégulièrement suivies prendront fin le 28 mai sans qu'aucun résultat n'ait été obtenu. Les compagnies ferroviaires révoqueront 18 000 cheminots soit 5% du personnel. Le gouvernement fera poursuivre la CGT en correctionnelle pour atteinte à la sûreté de l'Etat et nombre des ses membres seront arrêtés et emprisonnés sous l'inculpation de complot.

15 mai - Conférence de Hythe suivie le 21 juin de la Conférence de Boulogne puis les 6 et 17 juillet de celle de Spa. Durant toutes ces conférences qui ont pour but le règlement du problème des Réparations, les Anglais manifestent leur désir de ne pas accabler l'Allemagne sous le poids d'une dette intolérable. A la conférence de Spa, les Allemands sont pour la première fois admis à discuter sur un pied d'égalité avec les Alliés. La part des Réparations relative à la France est ramenée à 52% au lieu des 55% initialement prévue en 1919. 

24 mai - Paul Deschanel, à peine installé à l'Elysée, commence à donner des signes inquiétants de fatigue. Devant inaugurer à Montbrison (Loire) un monument élevé à la mémoire d'un sénateur mort au champ d'Honneur, le président de la République quitte Paris en train à bord de la voiture présidentielle. Près de Montargis, Deschanel tombe du train. Il  a été victime du syndrome d'Elpénor, c'est-à-dire victime d'un réveil incomplet se manifestant par la méconnaissance du lieu où l'on se trouve et qui se produit chez les sujets qui abusent de somnifères - ce qui est le cas de Deschanel - alors qu'ils couchent hors de leur domicile habituel ou qu'ils voyagent en train ou en bateau. 

25 mai - Alexandre Millerand reçoit la presse et lui expose les faits de la veille. "Après un pareil choc, dit en conclusion le président du Conseil, j'ai conseillé au président de la République de prendre quelque repos à Rambouillet, où peuvent aussi facilement se tenir les Conseils du Gouvernement."

     

Courant mai - Jean Cocteau, qui n'accepte pas d'être ostracisé par les rédacteurs de Littérature lance sa propre revue, Le Coq, dont le premier numéro parait en mai 1920. La revue ne comptera que quatre numéros (mai, juin, juillet-août-septembre et novembre). On peut y lire : "De son vivant on jette des pierres au poète. Après sa mort on ramasse la plus grosse pour lui faire un buste*."

 

 

 

 

 

* Source : Catalogue de l'exposition Jean Cocteau, sur le fil du siècle au Centre Pompidou du 25 septembre 2003 au 5 janvier 2004.

     

 

   

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