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28 novembre 2022 1 28 /11 /novembre /2022 15:54

 

 

 

Dimanche 4 décembre 2022 à 16 heures, venez vivre dans la très belle église de Saint-Féliu-d'Avall (Pyrénées-Orientales) un programme chaleureux mettant à l'honneur la voix profonde et rare de contralto de Catherine Dagois et la virtuosité de l'organiste Edgar Teufel. Dans l'esprit de la crèche vivante, Canticel nous conte l'histoire merveilleuse de Noël, de l'Annonciation à l'arrivée des Rois mages par la magie des plus beaux chants sacrés de Haendel à Bizet ou d'inspiration religieuse de différents pays de l'Argentine à la Catalogne. De petits joyaux musicaux et de belles surprises vous attendent au cours de cette soirée vivante et originale.

 

Entrée avec libre participation.

Plus d'informations sur le site internet de Canticel et au 04 68 81 36 71.

 

 

Canticel chante la magie de Noël
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23 novembre 2022 3 23 /11 /novembre /2022 10:38

 

 

 

L'humeur d'un mercredi vagant :

 

Non, ce n'est pas que je me suis levé du pied gauche ce matin. Non c'est pas ça. Hello - ou plutôt bon dia - le soleil brille. Alors quoi ? Une couette trop mince, un oreiller trop épais, un mauvais rêve ? Peut-être. Oui c'est ça, un rêve zarbi, étrange, un truc de ouf, le genre de situation qui met mal à l'aise. Un bureau - dans une étude de notaires, un cabinet d'avocats, un cabinet comptable, je ne sais -, une chemise à rabat posée dessus et sur la chemise une étiquette avec ces mots : Le cas Tar. Je vais pour l'ouvrir, prendre connaissance du dossier, je suis curieux, après tout je ne fais que mon métier, mais, arrêt de jeu car je me réveille - pas de prolongations donc - et ne saurai jamais de quoi il retourne. Est-ce bien utile d'en savoir plus que l'on ne sait déjà ? Je passe à autre chose. 

Petit déj. J'écoute un CD de Tchaïkowsky. Today I feel gay ! De la musique de chambre, violon, violoncelle, piano, pas de flûte, pas de pipeau. Pas de piccolo non plus. Que du méga, du fort, du costaud. Il vivait à Saint-Pétersbourg à une époque où l'on devait mettre un bémol à ses envies, ses passions, ses pulsions - quelle époque épique ! - où tout n'était pas permis, les tenants des bonnes moeurs veillant de jour comme de nuit, en tous endroits, en tous lieux. Les caméras de surveillance existaient donc déjà !? Les notes sautillent vivement sur la partition - allegro... si on peut encore employer ce substantif afin de ne vexer personne - et égaient les tartines beurrées, le croissant et le café brûlant. Tiens, me dis-je, il faudra que j'aille au supermarché pour acheter margarine et confiture. 

Je pousse un chariot poussif aux roues usées dans des allées désertes. J'évite le rayon moutarde ; j'en ai trois pots d'avance. En voyant les prix, semaines après semaines, j'ai l'impression d'être à Berlin dans les années 20. Mais de quel siècle ? Un ami d'Alsace m'a dit hier au téléphone que maintenant il fait ses courses en France et plus en Allemagne. Tout y est dispendieux. Today I feel poor ! Je ne suis pas un bovin mais pourtant grand consommateur de maïs en boîte. Dans le supermarché L...... proche de chez moi, je payais, début janvier de cette année, le maïs 3x140 grammes, 0.99€ ; aujourd'hui, 1.41€. Afin d'accommoder les pâtes, j'achète de la sauce Tomapulp 700 grammes de P. (ne m'en veuillez pas si je ne cite pas la marque) que je payais 0.96€ le bocal ; aujourd'hui, 1.29€. Je me précipite sur mon huile d'olive extra vierge préférée (je n'en citerai davantage pas la marque) : en bouteille de verre de 75 centilitres, elle valait 5.29€ en début d'année ; aujourd'hui, 6.13€. J'aime tourner autour des rayons, prendre toutes les allées dans un sens puis dans l'autre afin de m'assurer que je n'oublie rien. Ah ! Voilà mon chocolat en poudre favori : 1.08€ la boîte de 250 grammes en février, 1.16€ aujourd'hui. Soudain, je pense aux cornichons. Parlé-je de moi ? Un bocal de 360 grammes m'appelle de tous ses voeux : 1.59 € ; 0.98€ en janvier. Décidément de jour comme de nuit, je fais de mauvais rêves.

De retour chez moi, je pense écrire sur ce blog un article sur un sujet qui m'interroge (devrais-je dire m'interpelle ?) depuis un bon bout de temps. A vrai dire depuis, qu'à Céret, dans une exposition (en 2017) consacrée à Salvador Dalí, j'y ai appris qu'en juillet 1932, au musée du Louvre, le tableau L'Angélus de Millet (oeuvre adorée par le peintre catalan) avait été vandalisé, lacéré de plusieurs coups de couteau. Je me suis alors demandé ce qui pouvait pousser un.e individu.e à vandaliser une oeuvre d'art dans un musée. Mais, vu les récents événements, je me demande si je ne vais avoir trop de travail, les actes de vandalisme se multipliant depuis quelques mois. Je vais donc devoir renoncer, capituler, hisser le drapeau blanc et me consacrer uniquement à des sujets plus proches de mes capacités intellectuelles, le vandalisme sur des oeuvres d'art me dépassant complètement. Today I feel stupid ! Ou comme on dit en Californie, a little twit.  

 

                         

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21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 15:14

 

 

 

Signé Signac :

 

Une exposition intitulée "Signac collectionneur" a eu lieu au musée d'Orsay du 12 octobre 2021 au 13 février 2022. Paul Signac (né en 1863) acquiert, dès l'âge de 22 ans, des oeuvres de ses contemporains : Cézanne, Pissarro, Van Gogh, Degas et surtout Georges Seurat (décédé en 1891 à l'âge de 32 ans) dont il a possédé environ quatre-vingts tableaux dont Le Cirque aujourd'hui au musée d'Orsay (Paris). Le début de son oeuvre est marqué par la technique néo-impressionniste dite pointilliste ou plus exactement divisionniste. Il écrit à Pissarro que "le pointillé intrigue les gens et les force à penser ; ils devinent qu'il y a quelque chose là-dessous". (1) En 1888, il expose au salon des XX (Belgique) une huile sur toile représentant Le Château de Comblat (2) et ses alentours selon la technique néo-impressionniste. En 1894, Paul Gauguin qui expose - comme Signac - au salon de la Libre Esthétique (Belgique) et qui pourfend la technique pointilliste, écrit : "La Belgique s'était emballée un moment pour le petit point - seul aujourd'hui Signac reste debout, traînant misérablement le boulet qu'il s'est attaché à la patte." (1) En 1899, Signac écrit un essai intitulé D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme très vite traduit en allemand et par lequel les futurs expressionnistes comme Emil Nolde reconnaîtront leur dette envers le peintre français. En 1905, il achète la toile Luxe, calme et volupté (Saint-Tropez) de Matisse, exposée au Salon des Indépendants (mars-avril 1905), actuellement accrochée au musée d'Orsay. L'année suivante, il se dit déçu après avoir vu la toile Le Bonheur de vivre encore inachevée dans l'atelier de Matisse, 19 quai Saint-Michel. "Leo [Stein] a vu cette peinture également à l'atelier de Matisse. Contrairement à Signac, il la trouve passionnante." (3) Cette oeuvre qui semble représenter le paradis sur Terre et tous les plaisirs qui vont avec, amour charnel, musique, danse, préfigure La Danse (1909-1910) que le collectionneur russe Sergei Chtchoukine achètera pour sa collection personnelle. Les personnages nus, certains alanguis, quelques-uns s'enlaçant, d'autres jouant de la musique ou dansant dans un sous-bois aux tons pastels plairont au collectionneur américain Albert C. Barnes qui achètera la toile en 1922 et qui la rebaptisera La joie de vivre. (4) En 1906, Signac est à Rotterdam pour quelques semaines. "Il rapporta de ce voyage un riche carton d'aquarelles et plusieurs paysages à l'huile qu'il exposa l'année suivante à la Galerie Bernheim de Paris." (5) Mais c'est surtout des bords de la Méditerranée (Saint-Tropez, Antibes, Venise, Istanbul) qu'il envoie au couple Sembat des lettres illustrées d'aquarelles. C'est après le décès de Seurat que Signac s'est initié à l'aquarelle qui mieux que la peinture à l'huile sait représenter les reflets changeant de l'eau, la lumière et le vent. Cette façon de peindre développera chez l'artiste un véritable talent de coloriste. Les Sembat et Signac se rencontrent en 1908 et un intense échange épistolaire s'établit depuis ce moment jusqu'à la disparition du couple le 4 septembre 1922, date à laquelle le peintre devient l'exécuteur testamentaire de Georgette Agutte. Cette dernière a exposé au salon des Indépendants de 1909 des paysages sans doute peints dans les environs de Bonnières-sur-Seine, tandis que dans le même salon Signac exposait des paysages d'Italie. Collectionneur, le couple Sembat possédait plusieurs oeuvres de Signac : "Le Signac acheté chez Druet, splendeur dorée", écrit Marcel Sembat dans son journal. (6)

Si le couple Sembat n'a pas les moyens illimités que peuvent avoir les collectionneurs américains et russes, il n'en reste pas moins que de nombreuses oeuvres acquises soit chez des galeristes soit directement dans les ateliers d'artistes ornent les murs de leurs maisons de Paris et de Bonnières. C'est le cas par exemple de Amusement, 1914 de Kees Van Dongen, peintre que Marcel Sembat a défendu contre vents et marées lors du salon d'Automne de 1913... comme à la tribune de l'Assemblée nationale il a défendu l'accès pour toutes et tous à la connaissance et à l'art, le salon d'Automne 1912, les cubistes.

                  

 

 

(1) Catalogue de l'exposition Gauguin, les XX et la Libre Esthétique, organisée à Liège (Belgique), salle Saint-Georges du 21 octobre 1994 au 15 janvier 1995 par le Musée d'Art moderne et d'Art contemporain de la Ville de Liège.

(2) Le château de Comblat sur la commune de Vic-sur-Cère dans le département du Cantal, bâtisse médiévale à laquelle on a ajouté au début du 18ème siècle une aile de style classique est aujourd'hui un collège agricole. Le tableau de Signac, peint en 1887, est exposé au musée d'Art moderne et d'Art contemporain de Liège (Belgique). 

(3) Catalogue de l'exposition Matisse, Cézanne, Picasso... L'aventure des Stein qui a eu lieu au Grand-Palais (Paris) du 5 octobre 2011 au 16 janvier 2012.

(4) Source : catalogue de l'exposition De Cézanne à Matisse. Chefs-d'oeuvre de la fondation Barnes qui a eu lieu au musée d'Orsay (Paris) du 6 septembre 1993 au 2 janvier 1994.

(5) Catalogue de l'exposition Chefs-d'oeuvre des collections suisses de Manet à Picasso, Orangerie des Tuileries, Paris 1967.

(6) Catalogue de l'exposition Entre Jaurès et Matisse, Marcel Sembat & Georgette Agutte à la croisée des avant-gardes, Archives nationales (hôtel de Soubise, Paris) du 2 avril au 13 juillet 2008. 

 

          

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16 novembre 2022 3 16 /11 /novembre /2022 11:09

 

 

 

Pour les fêtes de fin d'année, le duo Canticel vous contera en musique, du 4 décembre 2022 au 12 février 2023, l'histoire mystérieuse et merveilleuse de la Nativité à travers de célèbres oeuvres de musique sacrée, de beaux chants de Noël d'Occitanie et de Catalogne et de jolies surprises composées par l'organiste Edgar Teufel.

Le duo Canticel, c'est la sonorité rare et profonde de la voix de contralto de Catherine Dagois alliée à celle de l'orgue-orchestre de Edgar Teufel. En duo depuis de nombreuses années, Canticel s'est produit dans les plus grandes salles et églises de vingt-cinq pays sur quatre continents. La musique est sa vie. Ensemble, intensément, le duo a déjà donné au public tout au long de cette année des récitals, "Ballades de concerts-découvertes". Dès le 4 décembre, Canticel jouera une musique à faire vibrer les lieux parmi les plus beaux du département des Pyrénées-Orientales :

 

 

Dimanche 4 décembre 2022 à 16 heures : concert de Saint-Nicolas en l'église Saint-André de Saint-Féliu-d'Avall.

Dimanche 11 décembre à 16 heures : concert de Noël en l'église Saint-Michel de Saint-Hippolyte.

Dimanche 18 décembre à 16 heures : concert de Noël en l'église Saint-Quentin d'Amélie-les-Bains.

Dimanche 15 janvier 2023 à 16 heures : concert du Nouvel An et de l'Epiphanie en l'église Saint-André de Bages.

Dimanche 12 février à 16 heures : concert de Saint-Valentin en l'église Sainte-Marie de Toulouges.

 

Tous ces concerts sont avec libre participation de chacune et chacun.

Plus d'informations sur le site internet de Canticel et au 04 68 81 36 71

 

Le duo Canticel : Catherine Dagois, contralto et Edgar Teufel, organiste.

Le duo Canticel : Catherine Dagois, contralto et Edgar Teufel, organiste.

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14 novembre 2022 1 14 /11 /novembre /2022 16:58

 

 

 

Le vendredi 18 novembre 2022 à 17 heures, le colonel Antoine Guerrero, président du Centre Départemental de la Mémoire (CDM66) situé à la Caserne Gallieni (rue de l'Académie, Perpignan) accueillera Nicole Yrle, écrivaine et secrétaire générale adjointe de l'association "Les Amis de François de Fossa", qui proposera une conférence intitulée "La carrière d'officier du compositeur-guitariste François de Fossa".

 

L'ascendance et la descendance de François de Fossa (natif de Perpignan) mettent sous nos yeux l'histoire d'une famille très représentative de la société roussillonnaise de la fin du 16ème siècle à la fin de la Révolution française et même au-delà : une ascension sociale remarquable en moins d'un siècle depuis l'ancêtre, cloutier à Saint-Laurent-de-Cerdans, des hommes hors du commun, historiens, juristes, officiers et artistes sur trois siècles.

François de Fossa fuit la Révolution à l'âge de 17 ans en 1793. Surnommé le "Haydn de la guitare", il connaît l'exil en Espagne puis au Mexique où il devient officier au service du roi d'Espagne avant de revenir en France qu'il parcourt comme officier de carrière, cette fois au service du roi de France sans jamais renoncer à sa passion pour la musique. Tragédies, malchance et bonheur marquent tour à tour son existence tourmentée qui s'achève à Paris en 1849.

C'est sa carrière d'officier que Nicole Yrle, auteure d'une biographie en deux volumes sur François de Fossa, se propose de retracer, une carrière exemplaire à bien des égards tant François de Fossa a eu le souci constant de se comporter en homme d'honneur, fidèle à ses engagements.

 

Cette conférence est proposée par l'association "Les Amis de François de Fossa" (2 rue des Abreuvoirs, Perpignan), le CDM des Pyrénées-Orientales et "l'Amicale des Anciens d'Arago".

 

 

Le samedi 19 novembre 2022, l'association "Les Amis de François de Fossa" proposera un concert en l'église Notre-Dame de l'Assomption de Sainte-Marie-la-Mer (Pyrénées-Orientales), dernier concert des diades François de Fossa 2022.

 

  

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2 novembre 2022 3 02 /11 /novembre /2022 16:49

 

 

 

Monter chez Matisse :

 

 

"Nous serions contents de vous voir (...) pourriez-vous venir déjeuner samedi prochain à Bonnières par le train de 10 h 1/2 gare St-Lazare...", écrit Georgette Agutte à Henri Matisse en septembre 1907. (1)

 

Henri Matisse est un ancien élève de Gustave Moreau à l'Ecole des Beaux-Arts. Comme Henri Manguin et Albert Marquet. Considéré comme l'un des maîtres du symbolisme à l'instar de Pierre Puvis de Chavannes et Odilon Redon, Gustave Moreau est nommé professeur à l'Ecole des Beaux-Arts en 1892. Admiratif de Théodore Chassériau et des peintres du Quatrocento (Bellini, Carpaccio, Mantegna) qu'il a découverts en Italie dans les années 1850, il souhaite par son oeuvre faire revivre l'art italien du 15ème siècle en lui apportant une patte toute française. Lorsque ses parents emménagent dans un petit hôtel particulier au 14 de la rue la Rochefoucauld en 1853, Gustave Moreau, alors âgé de 26 ans, retourne vivre avec eux, dans ce quartier surnommé la "Nouvelle Athènes" où du règne de Louis XVI au Second Empire sont sortis de terre des demeures imaginés par les plus grands architectes comme Claude-Nicolas Ledoux, Joachim Visconti ou Auguste Constantin. L'hôtel des Moreau se trouve en face de celui qui fut occupé entre 1824 et 1838 par l'actrice et sociétaire de la Comédie Française Mademoiselle Mars, puis par le prince de Wagram à partir de 1840. Cet hôtel construit en 1820 pour le maréchal de Gouvion Saint-Cyr "a beaucoup de rapport avec le petit palais de Caprarole par sa disposition en amphithéâtre, la forme de son plan, les masses de son architecture en élévation". (2) L'hôtel de la famille Moreau, construit en 1829, comprend deux étages surmontés d'un comble où Gustave a son atelier. En 1895, après le décès de ses parents, il charge l'architecte Albert Lafon de transformer l'immeuble en musée et de créer les grands espaces nécessaires à la présentation de ses oeuvres au public. Si Moreau décide de conserver l'appartement du premier étage, Lafon transforme le bâtiment en le surélevant, en créant un escalier reliant le deuxième étage au troisième, en y adjoignant une façade en brique et pierre sur une structure métallique. Le musée ouvre au public en 1903. Le peintre Georges Rouault en est le premier conservateur (jusqu'en 1929). Son successeur est Georges Desvallières. (3)

Aux Beaux-Arts, Gustave Moreau dispense un enseignement libéral, ne souhaitant pas imposer une doctrine. "Ce que vous faites est plus important que tout ce que je vous dis" (4), dit un jour Moreau à Matisse. Après la mort de Moreau en 1898, Matisse est persona non grata aux Beaux-Arts, ce qui ne l'empêche pas d'exposer au salon des Beaux-Arts à Paris en mai 1899. C'est à cette époque qu'il découvre le Sud. Comme il le dira plus tard : "C'est à Ajaccio que j'ai eu mon émerveillement pour le Sud que je ne connaissais pas encore." Et c'est à Toulouse où il passe le mois d'août 1898 qu'il lit D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme de Paul Signac. C'est en 1903 que le couple Sembat fait la connaissance de Matisse avant que ce dernier ne parte pour Saint-Tropez où Signac possède une villa : La Hune. A son retour, Matisse souhaite ardemment visiter l'atelier de sculpture de Georgette Agutte. A partir de ce jour, naît une abondante relation épistolaire entre Georgette Agutte et Henri Matisse d'une part, Marcel Sembat et Matisse d'autre part. Matisse expose chaque année au salon des Indépendants qui a lieu dans les Grandes Serres de la Ville de Paris sur le Cours la Reine (5) avant de retrouver le soleil du Sud, cette fois-ci à Collioure dans les Pyrénées-Orientales (mai-septembre 1905). Ce blog a souvent relaté les séjours de Matisse à Collioure et les rencontres qu'il y a faites, Etienne Terrus, Aristide Maillol... (Voir notamment les articles intitulés "Les lumières de la mer", mars 2012) A son retour, Matisse expose cinq oeuvres au salon d'Automne, des tableaux peints à Collioure ainsi que La Femme au chapeau (San Francisco Museum of Modern Art, Etats-Unis) qui fait scandale mais qui est immédiatement acheté par Leo Stein, frère de Gertrude. Les peintres qui exposent à ce salon sont qualifiés de fauves par le critique d'art Louis Vauxcelles.

Le couple Sembat a acquis plusieurs toiles de Matisse dont un portrait de la fille de Matisse intitulé Marguerite lisant (La liseuse), Les tapis rouges (Nature morte au tapis rouge), tous deux peints à Collioure durant l'été 1906 et ayant d'abord appartenu à Gustave Fayet avant d'être achetés par Sembat au galeriste Bernheim-Jeune en 1908, et Nu rose (Nu assis) peint à Cavalière durant l'été 1909 et acheté par les Sembat directement à l'artiste quelques mois après. (6) Les Sembat et Matisse s'adressent des courriers dans lesquels ils parlent de leurs voyages, se donnant des conseils de visites, Allemagne, Espagne et Maroc pour Matisse, Egypte, Suisse et Norvège pour les Sembat. Et lorsque tous sont de retour à Paris, les Sembat invitent Matisse à déjeuner ou vont lui rendre visite à son atelier de Clamart : "Samedi, chez Matisse à Clamart : il a travaillé admirablement, cet été ; nous lui avons pris un petit tableau merveilleux (la femme assise sur le sable ensoleillé à Cavalière), écrit Marcel Sembat dans son journal en novembre 1909. (1)

 

 

(1) Matisse-Sembat - Correspondance - Une amitié artistique et politique, 1904-1922 (La Bibliothèque des Arts, Lausanne, 2004) 

(2) Catalogue de l'exposition La Nouvelle Athènes - Le quartier Saint-Georges de Louis XV à Napoléon III à la Maison Renan-Scheffer/Musée de la vie romantique, 16 rue Chaptal, Paris 9ème (19 juin-21 octobre 1984). Le palazzo Farnese di Caprarola (entre Rome et Viterbo) a été construit au 16ème siècle. 

(3) Source : Site internet du Musée national Gustave Moreau, 14 rue de la Rochefoucauld, Paris 9ème.

(4) l'ABCdaire de Matisse (Editions Flammarion, 2005) 

(5) Le salon des Indépendants créé en 1884 par, entre autres, Paul Signac et Georges Seurat et voulu comme un salon sans jury ni récompenses s'est tenu dans les Grandes Serres de la Ville de Paris (Cours la Reine) jusqu'à la démolition de celles-ci en 1909.

(6) Ces trois tableaux qui sont visibles au Musée de Grenoble (legs Agutte-Sembat) ont été exposés au Centre Pompidou (Paris) du 25 février au 21 juin 1993 lors d'une exposition intitulée Henri Matisse 1904-1917. En 1910, le couple Sembat les ont prêtés à la galerie Bernheim-Jeune pour une rétrospective consacrée à Matisse.  

 

   

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27 octobre 2022 4 27 /10 /octobre /2022 10:41

 

 

 

A Montmartre le soir :

 

 

Marcel et Georgette Sembat emménagent dans une maison sise au 11 de la rue Cauchois en juin 1902. "Cette voie privée, ex-rue Cochois, tenait son nom d'un propriétaire." (1) La maison sur laquelle le couple a jeté son dévolu a précédemment été occupée par le peintre Emile Bin (1825-1897), professeur de Paul Signac, qui fut, dans les années 1880, maire du 18ème arrondissement, lorsque la mairie se trouvait encore sur la place des Abbesses, dans un bâtiment à un étage construit entre 1835 et 1837. Bin avait succédé à Georges Clemenceau, maire en 1870, et à Jean-Baptiste Clément, auteur de la chanson Le Temps des cerises. Devenue exiguë, Emile Bin posait, le 16 décembre 1888, la première pierre d'une nouvelle mairie, en compagnie du préfet Eugène Poubelle, bâtiment imposant inauguré en 1892 sur une place baptisée Jules Joffrin (ancien conseiller municipal) en 1895.

Le couple ne réside dans cette maison que durant la semaine, préférant passer les samedis et les dimanches à Bonnières-sur-Seine. Les bords de Seine et les villages alentour ne peuvent pas ne pas nous remettre en mémoire les belles images du film de Bertrand Tavernier sorti sur les écrans en 1984 et intitulé Un dimanche à la campagne dont l'action se déroule dans le petit village de Wy-dit-Joli-Village à quelques kilomètres de Vétheuil (la scène de la gare y a été tournée), ancien village de vignerons où Claude Monet a vécu entre 1878 et 1881.

 

Du Palais-Bourbon, le député des Grandes-Carrières peut regagner son domicile par un omnibus - hippomobile ou automobile - à impériale, un fiacre (il faut attendre 1907 pour voir les premières "femmes cochères") ou à pied en montant vers la Butte par les rues Notre-Dame de Lorette et Fontaine où il passe alors devant l'académie Julian (2) puis en traversant la place Blanche, haut lieu des sorties et plaisirs nocturnes, le boulevard de Clichy ne manquant pas de cabarets proposant spectacles et attractions variées. Le Néant, Les Truands, le Ciel, l'Enfer rivalisent d'imagination pour proposer à leurs clients des numéros plus excentriques et loufoques les uns que les autres. Des cabarets où l'on accueille le public en se moquant de lui, où l'on s'amuse des décisions gouvernementales de la semaine, où l'on se gausse des politiciens et des grosses fortunes. "Leurs tenanciers ne s'enrichissent guère car on y discute, on y critique, on y bâtit des systèmes et on y braille beaucoup plus que l'on y boit." (3) Au 4 de la rue des Saules, Le Lapin Agile, ouvert dès 1860 - dont la façade a été décorée en 1880 par André Gill d'un lapin sortant d'une casserole et tenant une bouteille de vin -, acheté par Aristide Bruant en 1903 puis légué au père Frédé qui "abreuve rapins et écrivains en se faisant payer d'une toile ou d'une chanson". (3) est le cabaret de la bohème montmartroise. On peut aussi passer du bon temps au Moulin de la Galette, au cinéma pour y voir L'Homme orchestre de Georges Méliès (1900), Histoire d'un crime de Ferdinand Zecca (1901) ou Le Voyage dans la lune du même Méliès (1902) ou au cirque Médrano (63 boulevard Rochechouart) où écuyers, acrobates et clowns amusent petits et grands. On enterrera définitivement La Belle Epoque au début des années 1970 en démolissant le Médrano (en 1971) pour construire sur son emplacement un immeuble d'habitation et le cinéma Gaumont-Palace (en 1973) pour y construire un hôtel et un centre commercial. Si Marcel Sembat passe par le boulevard Rochechouart, il aperçoit peut-être le compositeur Gustave Charpentier accoudé à son balcon au numéro 66, prenant le frais avant de se remettre à la composition d'une nouvelle partition. C'est là qu'il a composé son opéra Louise, créé en février 1900. Quelques décennies plus tard, le peintre montmartrois Maurice Utrillo dessinera les décors du dit opéra pour sa reprise à l'Opéra-Comique en 1950.  

 

Quand Marcel Sembat ne lit pas, n'écrit pas, ne prépare pas de discours à prononcer à la Chambre, il reçoit famille et amis à dîner. "Cette fois, c'est dans son hôtel qu'il me reçut. Après que j'eus admiré les toiles qui couvraient les murs du salon, M. Sembat me fit entrer dans la salle à manger pour me montrer un Matisse." (4) La peinture : voilà un sujet qui intéresse beaucoup Marcel Sembat. Car la vie de Marcel Sembat, "intellectuel de fibre jauressiste mais lié à Vaillant " (5) ne peut se réduire à celle de l'homme politique. "Esthète, (...) [Marcel Sembat] avait fait de la critique d'art et épousé Georgette Agutte qui pratiquait non sans talent la sculpture." (5) Il court les salons, les musées des beaux-arts de France, d'Italie, de Belgique, défend les arts à la Chambre des députés, écrit des monographies, achète des oeuvres dans les galeries, reçoit des peintres. "Faites nous le plaisir de venir déjeuner 11 rue Cauchois mercredi prochain midi 1/4", écrit-il à Matisse en 1904 (6)

 

A Perpignan le midi :

 

Avec Henri Matisse, Marcel et Georgette Sembat auront une longue relation amicale et épistolaire, entre 1904 et 1922. Henri Matisse qui avait découvert le Sud au printemps et à l'été 1898, séjourne longuement dans le département des Pyrénées-Orientales (à Collioure principalement) à partir de 1905. Marcel Sembat précède Matisse de quelques semaines en se rendant en train à Perpignan pour y donner une conférence à la Bourse du Travail, place Rigaud.

La place Rigaud de Perpignan, connue un temps sous le nom de Plaça del Blat (place du blé) fut l'un des premiers marchés pour le commerce du blé. C'est en 1293 que le roi Jacques II de Majorque aménagea à cet effet une place, El Pallol. Couvert en 1577 sous Philippe II, l'emplacement devint la halle au blé ou botiga del blat. Menaçant ruine, elle fut reconstruite en 1849. En 1878, l'immeuble fut affecté au Grand Bazar Zampa détruit par un incendie sept ans plus tard. Une nouvelle place fut alors créée. Elle porte le nom de place Rigaud, peintre né à Perpignan en 1659. L'inauguration de la statue de l'artiste réalisée en bronze par le sculpteur Gabriel Faraill eut lieu en 1890. Fondue par les Allemands, elle sera remplacée par une oeuvre de Roger Maureso en 1959. Une copie de la statue de Faraill se trouve au rez-de-chaussée du musée d'Art Hyacinthe Rigaud de Perpignan.

Dans son journal, Marcel Sembat écrit : "Vendredi 24 mars [1905] : Je reviens d'une quinzaine de jours dans le Midi : invitation de la Bourse du Travail à Perpignan, conférence à Rivesaltes puis départ pour Barcelone. 

Perpignan est beau avec ce splendide Canigou derrière, mais il n'y a pas de bois. Joli matin à Canet au bord de l'eau, dans des sables sahariens comme à Sidi-Okba, belle mer verte, et le Canigou puissant, triangle blanc dans le bleu.

(...) Argelès-sur-Mer, seul, est à retenir : il reste du bois dans les collines, on voit encore le Canigou, la mer est là : retenons Argelès." (7)                 

 

 

(1) Dictionnaire historique des rues de Paris par Jacques Hillairet (Les Editions de Minuit, 1964)

(2) Créée par Rodolphe Julian, cette académie qui prépare aux Beaux-Arts - située au numéro 37 de la rue Fontaine (selon Jacques Hillairet), au numéro 28 de cette même rue (selon Frédéric Gaussen dans Le peintre et son atelier aux éditions Parigramme, 2006) - et où enseignent des peintres célèbres comme William Bouguereau, a un atelier d'élèves femmes où étudie Marie Bashkirtseff.      

(3) La France de M. Fallières par Jacques Chastenet de l'Académie française (F. Brouty, J. Fayard et Cie, 1949)

(4) Souvenirs d'un marchand de tableaux par Ambroise Vollard (Editions Albin Michel et Les Libraires Associés, 1957)

(5) Léon Blum par Jean Lacouture (Editions du Seuil, 1977)

(6) Lettre de Marcel Sembat à Henri Matisse [1904] citée dans Matisse-Sembat Correspondance Une amitié artistique et politique, 1904-1922 (La Bibliothèque des Arts, Lausanne, 2004)

(7) Marcel Sembat Les Cahiers noirs (Journal 1905-1922) aux Editions Viviane Hamy, 2007. Ils peuvent être consultés sur internet .    

 

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25 octobre 2022 2 25 /10 /octobre /2022 16:10

 

 

 

Autres campagnes :

 

 

Elu pour la première fois en 1893, Marcel Sembat est réélu député des Grands-Carrières en 1898 puis en 1902. Les mandatures sont marquées par l'affaire Dreyfus, des attentats anarchistes et l'assassinat d'un président de la République.

L'Affaire oppose le camp pour la Vérité, la Justice, la Raison, l'Universalisme, les Droits de l'Homme à celui pour l'autorité, l'ordre, le nationalisme exclusif, la xénophobie, l'antisémitisme. Le président du Conseil Pierre Waldeck-Rousseau (entre 1899 et 1902) qui souhaite en finir avec l'Affaire, instaure des poursuites contre les ligues nationalistes et leurs dirigeants comme Paul Déroulède et Jules Guérin, président de la Ligue antisémite. Déroulède souhaite la fin du régime parlementaire et la réorganisation de la République fondée sur la séparation des pouvoirs et sur la restitution au peuple de toute la souveraineté nationale. Le jour des obsèques du président de la République Félix Faure, en février 1899, Déroulède tente d'entraîner un régiment à marcher sur l'Elysée. Quant à Jules Guérin, il se barricade avec ses partisans au siège du Grand Occident de France sis au 51 de la rue de Chabrol (10ème arrondissement) et résiste durant 38 jours (août-septembre 1899) aux policiers venus l'en déloger. Arrêtés le 20 septembre, les forcenés sont déférés en Haute Cour et exilés. 

Plusieurs attentats anarchistes sont perpétrés au cours de la décennie 90 en réaction à l'exécution de Ravachol. En mars 1892, Ravachol fait exploser une bombe dans l'escalier de l'immeuble du 136 du boulevard Saint-Germain lieu d'habitation d'un magistrat qui avait quelques mois plus tôt présidé un procès au cours duquel des anarchistes avaient été condamnés. Une dizaine de jours plus tard, il commet le même type d'attentat au 39 de la rue de Clichy, faisant s'effondrer l'escalier et causant des blessures à plusieurs personnes. A la fin du mois de mars, alors qu'il déjeune dans un restaurant du 24 du boulevard Magenta, il est reconnu par le serveur et est arrêté . "Les anarchistes, voulant venger Ravachol, firent exploser dans ce restaurant, le 25 avril 1892, vers 10 heures du matin, veille de la comparution de Ravachol devant les Assises, deux bombes qui firent deux morts et trois blessés." (1) Ravachol est condamné à la peine capitale. En décembre 1893, un anarchiste du nom de Auguste Vaillant jette une bombe dans l'hémicycle du Palais-Bourbon en plein débat parlementaire. Personne n'est blessé. L'auteur est arrêté, jugé et condamné à la peine capitale.

En février 1894, un jeune anarchiste jette une bombe dans le café de l'hôtel Terminus (gare Saint-Lazare) faisant une vingtaine de blessés.

En juin, le président de la République François Sadi Carnot est assassiné par un anarchiste lors d'un déplacement officiel à Lyon.

En août 1894, trente hommes professant des idées anarchistes (dont Félix Fénéon) et des cambrioleurs sont jugés pour association de malfaiteurs. C'est le procès dit des Trente. Fénéon après le témoignage apporté à la barre par Stéphane Mallarmé est acquitté. 

L'église Saint-Joseph (154 rue Saint-Maur) est "très sérieusement abîmée, le dimanche 20 août 1899, par de jeunes anarchistes qui brisèrent les portes, saccagèrent les chapelles, (...) et entreprirent de brûler les reliquaires et objets sacrés (...) et débris de confessionnaux rassemblés sur le seuil de l'église". (1) 

Sont alors adoptées par le Parlement des lois dites "scélérates" qui visent à pourchasser les anarchistes et à interdire leurs journaux.

 

C'est dans cette période de fortes tensions que le 27 avril 1902, Marcel Sembat, candidat à sa réélection, a pour adversaire Louis Delsol, candidat républicain nationaliste, ouvertement raciste, antisémite et xénophobe. Sur ses affiches électorales, Louis Delsol fustige le candidat sortant et ses soutiens (qui sont entre autres Joseph Caillaux, Théophile Delcassé, Pierre Waldeck-Rousseau, Thadée Natanson, Emile Zola) qui, selon lui, "ne demandent qu'à diminuer la France et à la livrer aux étrangers". (2) Marcel Sembat est réélu en recueillant 5 999 voix sur 11 904, contre 4 374 à Delsol. (3) Puis il est réélu en 1906, 1910 et 1914. En 1905, il oeuvre à l'unification des différents courants socialistes qui voit la création de la SFIO, Section française de l'internationale ouvrière. A l'Assemblée, il s'insurge contre les expéditions coloniales, s'élève contre les condamnations qui frappent les antimilitaristes, défend la culture et les arts. Comme fils de receveur des Postes, Marcel Sembat préside à partir de 1902 la commission des Postes et Télégraphes au nom de laquelle il rapporte le budget des Postes pour l'exercice 1902-1906. Il milite pour l'abaissement du tarif postal à 10 centimes afin de faciliter le développement de la correspondance privée ou commerciale. Il réclame l'ouverture d'un bureau de poste dans sa circonscription des Grands-Carrières. (4) Il soutient les postiers lors de leur grève de 1909. Six cents d'entre eux sont révoqués. La même année, lors d'un débat sur la réforme électorale, il propose d'accorder le droit de vote aux femmes ne comprenant pas qu'en matière de suffrage universel on puisse parler de justice tant que le droit de vote leur est refusé. "Il fut à la Chambre des députés un des leaders les plus écoutés, même par ses adversaires, qui appréciaient sa rude franchise, car même dans les débats les plus passionnés, ils étaient sensibles à l'attrait de sa culture et à son élégante courtoisie." (3) 

Le 24 septembre 1911, Marcel Sembat prend la parole lors d'une grande manifestation contre la guerre aux Buttes-Chaumont. L'année suivante, le 17 novembre 1912, au Pré-Saint-Gervais, il prononce un discours invitant les cent mille participants (dont des dirigeants socialistes de plusieurs pays) à privilégier la lutte des classes sur la lutte des nations. En 1913, il s'oppose à l'allongement de la durée du service militaire de deux à trois ans. En 1914, nouvelles élections : "Le succès des gauches, le 10 mai 1914 - les socialistes obtiennent 103 sièges, 30 de plus que dans la précédente assemblée, et 1 400 000 voix." (5) Marcel Sembat dit, au cours de sa campagne, qu'il veut donner à la République les qualités essentielles de tout Gouvernement : la compétence et la durée. Il veut interdire aux parlementaires les fonctions ministérielles, souhaite que les ministres soient recrutés hors du Parlement. Il est réélu député des Grandes-Carrières. Alors que la guerre est imminente, il accompagne Jean Jaurès à Bruxelles pour une réunion le 30 juillet du bureau de l'International socialiste. Jaurès y exhorte les participants à maintenir l'Internationale. "Si des amis vous supplient de prendre parti dans le conflit, n'en faites rien, maintenez coûte que coûte l'Internationale." (5) Après la réunion, Marcel Sembat, grand amateur d'art, emmène Jean Jaurès au musée des Beaux-Arts de Bruxelles pour y voir les admirables primitifs flamands et les oeuvres de Bruegel et de Rubens. Ils regagnent Paris le soir même. Le lendemain, Jaurès est assassiné. Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le 26 août, Raymond Poincaré, président de la République, constitue un ministère de défense nationale avec René Viviani comme président du Conseil. Marcel Sembat est nommé ministre des Travaux publics. Aristide Briand est vice-président du Conseil, ministre de la Justice ; Théophile Delcassé est ministre des Affaires étrangères ; Alexandre Millerand, ministre de la Guerre.

 

Fin de la Belle Epoque. La belle Epoque ? Jean Cocteau dira plus tard : "Je me demande pourquoi on l'appelle la Belle Epoque. C'était une époque épouvantable. (...) D'abord, c'est la mort de Nietzsche (...) puis c'est l'incendie du Bazar de la Charité, toutes les grandes familles en deuil (6) ; ce sont les Boers ; les premiers camps de concentration ; (...) c'est l'affaire Dreyfus, la France déchirée." (7)  

        

 

 

(1) Dictionnaire historique des rues de Paris par Jacques Hillairet (Les Editions de Minuit, 1964)

(2) Catalogue de l'exposition Entre Jaurès et Matisse, Marcel Sembat et Georgette Agutte à la croisée des avant-gardes,  aux Archives nationales, hôtel de Soubise (Paris) du 2 avril au 13 juillet 2008.

(3) Source : site internet de l'Assemblée nationale.

(4) La décision de fermer le bureau de poste Marcadet/Vauvenargues a, il y a deux mois, provoqué la colère et le mécontentement des habitants du quartier des Grandes-Carrières.

(5) Léon Blum par Jean Lacouture (Editions du Seuil, 1977)

(6) Le Bazar de la Charité à l'emplacement des actuels numéros 15 et 17 de la rue Jean Goujon (Paris 8ème) a été détruit par un violent incendie le 4 mai 1897 causant la mort de 135 personnes.  

(7) Jean Cocteau - Entretien avec Roger Stéphane (RTF et Librairie Jules Tallandier, 1964)

 

      

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24 octobre 2022 1 24 /10 /octobre /2022 15:15

 

 

 

Côté campagne :

 

Marcel et Georgette Sembat prennent le café dans le jardin. Bien à l'ombre, une table pliante ornée d'une nappe blanche a été dressée sous des arbres en fleurs. Georgette cherche des idées pour de nouveaux tableaux. Depuis une fenêtre de la maison, elle dessinera une allée du jardin et au-delà un chemin bordé de marronniers où Marcel se promènera avant d'aller lire confortablement installé sur une chaise, entouré de hautes herbes et de massifs aux teintes multicolores, puis se dirigeant vers la maison, le soleil se faisant de plus en plus brûlant, gagnera par la vestibule une pièce à la fraîcheur agréable et bienvenue. D'autres jours, quand de gros nuages donneront des pluies indispensables à la préservation de la palette des couleurs florales, Marcel pourra écrire comme Gustave Flaubert (en 1845) dont le bureau de sa maison de Croisset, près de Rouen, donnait sur un jardin et au-delà sur la Seine : "Voilà devant moi mes livres sur ma table, mes fenêtres sont ouvertes, tout est tranquille, la pluie tombe encore un peu dans le feuillage, et la lune passe derrière le grand tulipier qui se découpe en noir sur le ciel bleu sombre." (1) L'atelier de Georgette orienté au Nord donne lui aussi sur la Seine, fleuve long de 770 kilomètres qui, de sa source sur le plateau de Langres au port du Havre, traverse l'Ile de France, le Vexin Français, le Vexin Normand. La Seine peut être calme : "Le ciel est pur, la lune brille, j'entends des marins chanter qui lèvent l'ancre pour partir avec le flot qui va venir. - Pas de nuage, pas de vent." (1) Les bords de Seine, cette artère vitale reliant Paris à la mer, sont agréables, propices aux parties de campagne, aux déjeuners sur l'herbe, à la détente, à la rêverie. La Seine peut aussi être cruelle : le 4 septembre 1843, alors qu'elle vogue en toute quiétude au fil de l'eau le long des rives du fleuve près de Villequier, la barque, manoeuvrée par son époux, chavire et Léopoldine Hugo se noie. Mariée depuis sept mois seulement à Charles Vacquerie, elle quitte ce monde à l'âge de 19 ans. Victor Hugo, père inconsolable, écrira quelques années plus tard (en 1852) un poème intitulé Charles Vacquerie :

"Villequier, Caudebec, et tous ces frais vallons,

Ne vous entendront plus vous écrier : "Allons,

Le vent est bon, la Seine est belle !"

Comme ces lieux charmants vont être pleins d'ennui !

Les hardis goélands ne diront plus : C'est lui !

Le fleurs ne diront plus : C'est elle !" 

La Seine endormie quelquefois se fâche et quitte son lit. Alfred Sisley a peint, à maintes reprises entre 1872 et 1876, les dégâts provoqués par sa colère et son mécontentement à Port-Marly. 

A Bougival, Georges Bizet, compositeur des opéras Carmen et Les Pêcheurs de perles est mort en 1875, à l'âge de 36 ans après s'être imprudemment baigné dans la Seine. 

Marcel Sembat et Georgette Agutte ne se baignent pas dans la Seine, ne naviguent sur aucune barque. Marcel reste dans sa maison qu'il adore et Georgette emmenant chevalet et pinceaux représente des vues de la Seine, très nombreuses dans son oeuvre. Mais l'heure passe et il est temps pour le couple de regagner Paris où un intense travail parlementaire attend Marcel. 

 

 

Côté capitale :

 

A partir de juin 1902, Marcel Sembat et Georgette Agutte occupent une petite maison de la rue Cauchois, dans le quartier des Grandes-Carrières dont Marcel est et restera le député de 1893 à sa mort. 

 

Le quartier des Grandes-Carrières, dans le 18ème arrondissement de Paris, est délimité au Sud par le boulevard de Clichy, au Nord par les fortifications qu'a fait construire Adolphe Thiers et qui ont été achevées en 1844 (démolies en 1919), à l'Est par le quartier de Clignancourt et à l'Ouest par l'arrondissement voisin. Ses axes principaux sont les rues Caulaincourt, Lamarck, Damrémont, Championnet et Ordener. Au Sud, s'étend le cimetière du Nord appelé aussi et surtout cimetière Montmartre. Ce cimetière ouvert en 1825 et dont l'entrée principale se trouve au fond de l'avenue Rachel, a dû être agrandi vers 1847 sur des terrains qui ont été désaffectés en 1879 pour permettre la création de rues comme celles de Joseph-de-Maistre et Lamarck. Au 19ème siècle, y ont été inhumés, entre autres, Stendhal, Mme Récamier, Ary Scheffer, Marceline Desbordes-Valmore, Alfred de Vigny, Jacques Offenbach ; plus récemment, Jean Giraudoux (1944), Sacha Guitry (1957), François Truffaut (1984), Dalida (1987), Michel Berger (1992). (2) Depuis 1888, un viaduc, appelé Pont Caulaincourt, enjambant le cimetière, permet de gagner les rues Caulaincourt, Damrémont et Joseph-de-Maistre depuis le boulevard de Clichy sans avoir à faire le tour par la rue Lepic. Ce viaduc a été inauguré le 16 décembre 1888 par Eugène Poubelle, préfet du département de la Seine, et le maire du 18ème arrondissement, Emile Bin.

"Et je me dis souvent, quand j'ai le coeur en peine :

Le seul pont de Paris, c'est le pont Caulaincourt..." a écrit Bernard Dimey dans l'un de ses poèmes. (3)            

 

Montmartre en général et le quartier des Grandes-Carrières en particulier sont, à la fin du 19ème siècle, en pleine transformation depuis que la commune a été rattachée à Paris en 1860 et qu'elle est devenue le 18ème arrondissement de la capitale. Les rues Joseph-de-Maistre, Lamarck, Carpeaux, Coysevox sont loties sur des terrains ayant fait partie du cimetière Montmartre. En écrivant ces lignes, je me rappelle avoir lu, il y a quatre décennies, un article écrit par André Castelot dans une revue d'histoire et commençant par ces mots : "Le sous-sol de notre capitale est un vaste champ de repos. (...) Les désaffections progressives des cimetières devenus insalubres, les transformations subies par la ville au cours des années, les grands travaux du XIXè siècle ont, peu à peu, bouleversé la carte de cette immense nécropole souterraine qu'est Paris." (4) Sortent alors de terre les rues Damrémont, Carpeaux, Félix Ziem, Armand Gauthier (nom de l'architecte qui l'a tracée et qui a conçu de nombreux immeubles de la rue Damrémont - voir l'article de ce blog du 21 novembre 2016) et Eugène Carrière, appelée antérieurement rue des Grandes-Carrières, nom qui faisait référence aux carrières de plâtre exploitées à Montmartre dès l'Antiquité. "La Butte Montmartre a fourni, à elle seule, les trois-quarts du plâtre utilisé à Paris. (...) L'extraction de ce plâtre avait lieu d'une façon désordonnée, soit par des carrières à ciel ouvert d'une superficie parfois considérable (elles ont laissé leur nom au quartier des Grandes-Carrières : le cimetière Montmartre est dans une ancienne grande carrière), soit par des carrières souterraines bien plus dangereuses car elles s'étendaient sous les chemins et sous les maisons." (2) Outre des immeubles d'habitation, sont construites la basilique du Sacré-Coeur (première pierre posée en 1875, inaugurée en 1891, achevée en 1912 et consacrée en 1919), l'école primaire de garçons (où Paul Doumer, futur président de la République, a été élève) au coin des rues Custine et de Clignancourt (1875), la mairie du XVIIIème arrondissement (entre 1888 et 1892), l'église Saint-Jean-l'Evangéliste (entre 1894 et 1904). Pour alimenter Montmartre en eau, on construit entre 1887 et 1889 les réservoirs de Montmartre (rue Azaïs) dans le style romano-byzantin du Sacré-Coeur tout proche. Le Moulin-Rouge ouvre en 1889, l'hôpital Franco-Néerlandais en 1891 (inauguré au 174 de la rue Championnet, il sera démoli pour faire place à l'église Ste-Geneviève des Grandes-Carrières), l'hippodrome de la rue Caulaincourt est construit en 1899 et inauguré en 1900, la même année que l'hôpital Bretonneau. 

Entre la rue Caulaincourt et l'avenue Junot (créée en 1910) s'étend, jusqu'en 1912, le Maquis, "terrain inculte chargé de taillis, de buissons, d'herbes folles et de misérables cabanes, domaine de clochards, de chiffonniers et de bohèmes divers". (2) "Indéfinissable et mystérieux, le "maquis" donnera, jusqu'à ces derniers instants, un petit air de campagne à ce coin perdu de Paris." (5) Montmartre est aussi le quartier des cabarets et des peintres. Le Bateau-Lavoir, construction en bois élevée vers 1860 "compartimentée en petits logements d'une pièce qu'habitèrent, à partir de 1880, de nombreux artistes"  et qui ne comportait "qu'un unique poste d'eau (...) allait devenir célèbre dans le monde des artistes depuis la fin du XIXè siècle jusqu'au début de la guerre 1914-1918. Le "cubisme" y naquit ; on l'appelait alors la "Villa Médicis de la peinture moderne". (2)

C'est de ce quartier encore campagnard et canaille que Marcel Sembat est élu député en 1893 après avoir fait campagne sur un programme républicain socialiste indépendant et s'être "dévoué avec une énergie qui lui valu la sympathie de tant d'hommes appartenant aux fractions les plus diverses de la démocratie" comme l'affirme la profession de foi du Comité républicain socialiste indépendant adressée aux électeurs du quartier des Grandes-Carrières. (6)

Dans une circonscription voisine, se présente un candidat loufoque : Albert Caperon alias Captain Cap. Il est présenté par un comité anti-européen et antibureaucratique. Son programme tient en sa volonté de faire de la place Pigalle un port de mer, de supprimer l'impôt sur les bicyclettes, la bureaucratie et l'Ecole des Beaux-Arts, de rétablir la licence dans les rues au point de vue de la repopulation, de construire sur la Butte Montmartre une plaza de toros et une piste nautique. Soutenu par Alphonse Allais (qui disait : "Il ne faut jamais faire de projets, surtout en ce qui concerne l'avenir"), Georges Courteline et Emile Goudeau, il n'obtient que 134 suffrages pour 8 257 votants et ne peut donc se maintenir au second tour qui a lieu en septembre 1893. (7)

 

Je feuillette à présent le catalogue de l'exposition des Chefs-d'oeuvre des collections suisses de Manet à Picasso qui a eu lieu à l'Orangerie des Tuileries en 1967. L'illustration numéro 116 est un tableau de Maximilien Luce (1858-1941) qui date de 1887 et qui est intitulé La rue Damrémont à Montparnasse (collection particulière, Lausanne). Le court texte qui accompagne l'illustration précise que "pour peindre les maisons de Montparnasse et leurs jardins clôturés, Luce ne s'est pas plié à la discipline du pointillisme, mais que sa touche reste inégale de grandeur, suivant les différentes parties de la composition". Rue Damrémont à Montparnasse ! Une erreur qui aurait certainement amusé Marcel Sembat et qui aurait provoqué un bon mot dont Malraux avait le secret. Une plaque apposée sur la façade de l'immeuble du 53 de la rue Damrémont indique qu'ici est né, le 3 novembre 1901, André Malraux, écrivain, ministre d'Etat (1959-1969), fondateur du ministère des Affaires culturelles. Un tableau similaire de Luce a été exposé à Londres en 1979. Similaire, car si on retrouve sur la toile les mêmes constructions de fortune au second plan et les mêmes immeubles et usines à l'arrière-plan, les personnages qui passent dans un chemin (au premier plan) enserré entre deux palissades de bois ne sont pas les mêmes. Sur le tableau présenté à Londres, le charretier a disparu. Le catalogue de la dite exposition indique que le tableau date de 1887, qu'il s'intitule Outskirts of Montmartre - Environs de Montmartre et qu'il est exposé au Rijksmuseum Kröller-Müller d'Otterlo (Pays-Bas). Le catalogue précise que "cette toile a appartenu à Camille Pissarro et a été probablement exposée au salon des Indépendants de 1888 sous le titre Terrain, rue Championnet. C'est l'une des premières toiles de Luce peinte dans le style pointilliste même s'il n'a pas utilisé le 'point' de façon systématique comme Seurat ou Signac. Dans sa composition, Environs de Montmartre est l'exemple type du thème favori des Néo-impressionnistes dans les années 1880 : la classe ouvrière. Le tableau montre la lisière de la ville entre la partie bâtie et les fortifications, entre jardins ouvriers et cabanes de part et d'autres des maisons et des usines. Ce no man's land hébergeait mendiants et laissés-pour-compte, victimes de l'urbanisation. Le choix des thèmes de Luce était en relation avec ses engagements et opinions anarchistes." (8)                

                           

 

 

 

(1) Flaubert . Correspondance (Editions Gallimard, 1998)

(2) [Source] Dictionnaire historique des rues de Paris par Jacques Hillairet (Les Editions de Minuit, 1964)

(3) Extrait du poème de Bernard Dimey (1931-1981) intitulé A Paris y a des ponts publié dans Le Milieu de la Nuit (Editions Christian Pirot, 1991)        

(4) Des morts sur lesquels nous marchons par André Castelot (revue Historama n° 311, octobre 1977)

(5) Paris en cartes postales anciennes - Butte-Montmartre par Georges Renoy (Bibliothèque Européenne - Zaltbommel/Pays-Bas MCMLXXIII)

(6) Catalogue de l'exposition Entre Jaurès et Matisse, Marcel Sembat et Georgette Agutte à la croisée des avant-gardes, aux Archives Nationales, hôtel de Soubise (Paris) du 2 avril au 13 juillet 2008.

(7) D'après des notes prises lors de l'exposition Alphonse Allais au Musée de Montmartre (1er avril-30 mai 2004). Dix ans avant ces élections, Alphonse Allais avait présenté à l'Exposition des Arts Incohérents (galerie Vivienne) une simple feuille blanche sous le titre Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige. L'Exposition des Arts Incohérents créée en 1882 par Jules Lévy a perduré jusqu'à la fin des années 1890. 

(8) Catalogue en anglais de l'exposition Post-Impressionism. Cross-currents in European Paintings à la Royal Academy of Arts de Londres (17 novembre 1979-16 mars 1980)

 

 

  

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13 octobre 2022 4 13 /10 /octobre /2022 11:59

 

 

 

"Marcel et Georgette étaient socialistes comme ils étaient artistes ; ils étaient artistes par les mêmes dons, par les mêmes penchants qui avaient fait d'eux des socialistes." (1) Léon Blum

 

18 décembre 1922. Le cinéma Gaumont-Palace, ouvert en 1907 en lieu et place d'un hippodrome et transformé quatre ans plus tard par Léon Gaumont en une salle de 3 400 places, accueille le Tout-SFIO pour une cérémonie d'hommage aux époux Marcel et Georgette Sembat décédés trois mois plus tôt. Située au 1 de la rue Caulaincourt (Paris 18ème), l'immense salle en ce jour recueillie n'est qu'à quelques pâtés de maisons de la rue Cauchois où le couple résidait depuis juin 1902 quand il n'était pas en villégiature à Bonnières-sur-Seine, lieu de naissance de Marcel Sembat en 1862. La rue Cauchois, d'une longueur de 103 mètres entre les rues Lepic et Constance (2), abritait au numéro 11 une petite maison avec jardin - derrière le Moulin-Rouge - où Auguste Rodin, Paul Signac, Henri Matisse, Georges Rouault étaient régulièrement reçus par le député - constamment réélu - du quartier des Grandes-Carrières de 1893 à sa mort survenue à Chamonix le 4 septembre 1922, et aussi ministre durant la Première Guerre mondiale, et son épouse, l'artiste peintre Georgette Agutte.

 

 

1862 est l'année de l'intervention française au Mexique, Napoléon III souhaitant fonder en Amérique un grand empire latin et catholique pour faire contrepoids aux Etats-Unis anglo-saxons et protestants. Il souhaite rendre aux Latins leur prestige et leur force de l'autre côté de l'océan Atlantique, garantir la sécurité des Antilles françaises et espagnoles, procurer à la France les matières premières indispensables à son industrie et créer des débouchés à son commerce. 

La France, l'Espagne et l'Angleterre envoient au Mexique un corps expéditionnaire qui débarque à Vera Cruz le 14 décembre 1861. Mais en février 1862, Anglais et Espagnols se retirent du Mexique après avoir signé une convention avec le président de la République du Mexique, Benito Juarez. Napoléon III refusant de signer cette convention et déclarant ne pas reconnaître Juarez, décide de faire la conquête complète du Mexique. 

Plus au nord, aux Etats-Unis, alors que la guerre civile fait rage, John Slidell, représentant du gouvernement confédéré auprès de la France, demande, en juillet 1862, que Napoléon III lui fournisse des navires. Si, en France, l'opinion est favorable aux Nordistes parce qu'ils combattent l'esclavage, l'entourage de Napoléon III donne sa préférence aux milieux racistes du Sud. L'empereur est prêt à accéder à cette demande, réservant toutefois sa réponse. Mais lorsqu'au début de l'année 1863, le Congrès de Washington fait savoir que toute proposition étrangère pour une médiation ou toute forme d'intervention serait regardée comme un acte hostile aux Nordistes, Napoléon III fait marche arrière, laissant un Slidell désemparé qui ne peut que critiquer la duplicité de l'empereur. En France, Camille Pelletan déclare : "Chaque jour la presse étrangère demande pourquoi notre politique est révolutionnaire à Turin, contre-révolutionnaire à Rome, réactionnaire au Mexique, libérale en Pologne, esclavagiste en Amérique, et mystérieuse partout." (3)   

Le 8 octobre 1862, de retour de Biarritz, Napoléon III décide de changer de ministre des Affaires étrangères sur les instances de Morny.

 

C'est dans ce contexte troublé que Marcel Sembat voit le jour le 19 octobre 1862, dans la maison de ses parents sise dans la commune de Bonnières-sur-Seine (Seine-et-Oise, actuel département des Yvelines) située entre Mantes-la-Jolie et Vernon, à une dizaine de kilomètres de Giverny. (4) Il naît donc quelques semaines après Claude Debussy (22 août), Maurice Barrès (17 août) et sept mois après Aristide Briand (28 mars). Il est le fils de Louis Adolphe Sembat, directeur-receveur des Postes et conseiller municipal de Bonnières-sur-Seine, et de Marie Joséphine Boucher, sans profession. Il a une soeur aînée, Marie-Louise, née sept ans avant lui et qui décédera en 1913. Il effectue sa scolarité dans divers établissements. Devenue veuve, sa mère, très pieuse, le place au collège Stanislas, où il est élève entre 1875 et 1880. Le collège Stanislas, fondé en 1804 par l'abbé Claude Liautard se trouvait et se trouve encore au 22 de la rue Notre-Dame-des-Champs (Paris 6ème). "L'ancienne institution de l'abbé Liautard, devenue, en 1822, le collège Stanislas, s'installa ici, en 1847, en même temps qu'au n° 16. Jules Macé, Hetzel, Alfred Assolant, Target, Camille Rousset, Edmond Rostand, les généraux Gouraud et de Gaulle, Georges Guynemer... ont été élèves de cette brillante institution." (2) Ces cinq années passées dans cet établissement ont pour résultat de le jeter dans le camp anticlérical. D'ailleurs "le supérieur de cet établissement dira de lui : "C'est le révolutionnaire le plus distingué que nous ayons formé." (1) Puis, il étudie le droit et soutient, le 28 juin 1888, une thèse intitulée :  "De la rescision [résolution prononcée par le tribunal pour cause d'invalidité lorsque à la date de son engagement le signataire d'un contrat était frappé d'invalidité] pour lésion dans la vente en droit romain et en droit français". S'il ouvre un cabinet au 229 de la rue du faubourg Saint-Honoré, il exerce peu son métier d'avocat préférant se consacrer au journalisme et à la politique. Il défend néanmoins des syndicalistes, des antimilitaristes, des anarchistes comme le journaliste Michel Zévaco jugé en avril 1891 pour provocation au meurtre envers le ministre de l'Intérieur Ernest Constans dans un article publié dans le journal L'Egalité dirigé par Jules Roques. Malgré une brillante plaidoirie, le journal est condamné à verser une amende de sept mille francs et Michel Zévaco à une peine de prison de vingt-huit mois. Il défend aussi Armand Parayre, directeur d'un journal républicain de gauche et futur beau-père du peintre Henri Matisse. 

 

Il retourne souvent dans la maison familiale de Bonnières-sur-Seine contiguë de celle de la tante de Georgette Agutte. Voisins, ils se croisent et le journal intime de Marcel Sembat révèle qu' "il était profondément épris de Georgette dès 1889". (1) Georgette Aguttes est née dans le 4ème arrondissement de Paris le 17 mai 1867, la même année que Jean-Baptiste (Commandant) Charcot (15 juillet), Pierre Bonnard (3 octobre), Marie Curie (7 novembre), Charles Koechlin (27 novembre). L'année 1867 est celle de l'Exposition universelle de Paris qui réunit pour une durée de six mois, d'avril à novembre, 42 217 exposants sur le Champ-de-Mars et sur l'Ile de Billancourt, attirant quinze millions de visiteurs. L'exposition est inaugurée peu après le rapatriement du corps expéditionnaire français du Mexique (en février) qui entraîne l'exécution de l'archiduc d'Autriche en juin, événement que Edouard Manet peindra l'année suivante. Elle est la fille du peintre Jean Georges Aguttes et de Marie Augustine Debladis. Son père décède l'année même de sa naissance à l'âge de 25 ans. Sa mère se remarie avec son beau-frère Pierre Nicolas Hervieu, négociant en métaux. Elle est initiée très jeune à l'art car sa mère "dessine, réalise des tapisseries et encourage sa fille à suivre sa voie". (1) En 1888, elle épouse le critique d'art Paul Flat qui avec le peintre et décorateur de théâtre René Piot a publié le Journal de Delacroix. En 1893, elle étudie dans l'atelier de Gustave Moreau, nommé professeur à l'Ecole des Beaux-Arts l'année précédente. "Son enseignement fut libéral, il ne chercha jamais à imposer une doctrine ; il tenta surtout d'élever la pensée de ses élèves, d'éveiller leur sensibilité." (5) Elle est la seule femme à fréquenter cette école. L'Ecole des Beaux-Arts n'ouvrira ses portes aux femmes qu'en 1897. En 1894, elle quitte Paul Flat, divorce (le divorce a été rétabli en 1884) et épouse Marcel Sembat le 27 février 1897. 

 

Le couple s'installe dans la tranquille maison natale de Marcel Sembat sur les bords de Seine. Georgette peint dans l'atelier qui a été spécialement aménagé pour elle et Marcel travaille et lit dans son bureau orné des toiles de Georgette. Le jardin de la maison est l'un des thèmes principaux des toiles de Georgette. "Un mur surmonté d'une grille, des arbres et l'encaissement de la route font qu'il n'y a point à redouter l'oeil du passant. (...) Une porte permet de traverser la route, une clef de franchir le talus de la voie ferrée (6), que des entassements de grands rhododendrons et un haut grillage de rosiers grimpants isolent de toutes parts." (7)        

   

 

 

(1) Catalogue de l'exposition Entre Jaurès et Matisse, Marcel Sembat & Georgette Agutte à la croisée des avant-gardes aux Archives nationales, hôtel de Soubise (Paris) du 2 avril au 13 juillet 2008.  

(2) Dictionnaire historique des rues de Paris par Jacques Hillairet (Les Editions de Minuit, 1964)

(3) Morny, un voluptueux au pouvoir par Jean-Marie Rouart (Editions Gallimard, 1995)

(4) Claude Monet ne s'installera à Giverny qu'en 1883. En 1862, il est élève à l'atelier de Charles Gleyre (70 bis rue Notre-Dame-des-Champs) où il se lie d'amitié avec Auguste Renoir, Alfred Sisley et Frédéric Bazille.

(5) Musée national Gustave Moreau dans la série des Petits guides des grands musées (Editions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris 1979)

(6) La voie ferrée Paris-Rouen via Bonnières-sur-Seine a été inaugurée le 2 mai 1843.

(7) Claude Monet - Les Nymphéas par Georges Clemenceau (Librairie Plon, 1928)

 

  

       

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