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23 juin 2022 4 23 /06 /juin /2022 09:13

 

 

 

                    1920

 

 

17 janvier - Députés et sénateurs se réunissent à Versailles pour élire le nouveau président de la République. L'article 2 de la loi des 25-28 février 1875 (Constitution de la IIIème République) relative à l'organisation des pouvoirs publics stipule que "le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et par la Chambre des députés réunis en Assemblée Nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible". Raymond Poincaré, élu en 1913, ne souhaite pas se représenter. En raison de ses éminents et loyaux services durant la guerre, Georges Clemenceau s'attend à succéder à Raymond Poincaré à la présidence de la République. Son prestige et sa popularité sont immenses. Trop !? Les députés qu'il a conduit rudement durant le conflit ne l'aiment guère. Ceux-ci craignent qu'il ne s'installe à l'Elysée non pour présider mais pour continuer de gouverner. Clemenceau est écarté lors d'un vote préparatoire (16 janvier). Radicaux et Socialistes lui sont hostiles et les modérés qui pourraient voter pour lui préfèrent porter leurs suffrages sur la candidature du président de la Chambre des députés, Paul Deschanel de l'Académie française, qui est élu. Vexé par cet échec, Georges Clemenceau démissionne de son poste de président du Conseil et quitte la vie politique. Toujours en poste, Raymond Poincaré demande à Alexandre Millerand de former un gouvernement.

 

17 janvier - Georges Clemenceau est à Giverny chez Claude Monet. Ils sont amis depuis les années 1860. Dès la nouvelle de l'armistice connue, Monet a décidé de faire don à l'Etat de vingt-deux panneaux qui forment les Nymphéas du musée de l'Orangerie. Mais la démission de Clemenceau donne un coup d'arrêt (momentané) à ce projet.

24 janvier - Décès du peintre Amedeo Modigliani qui vivait en France depuis 1906.     

28 janvier-29 février - Salon des Indépendants.

Début janvier - Tristan Tzara débarque à Paris. Il loge chez Francis Picabia, rue Emile Augier. Initiateur du mouvement "Dada", Tristan Tzara, natif de Roumanie, s'est installé en Suisse pendant la guerre et y a fondé, à Zurich, le dit mouvement en réaction contre l'absurde boucherie des combats. Il se fait connaitre à Paris en envoyant des poèmes inclus dans différentes parutions de la revue Dada. Très vite, il est en relation avec Breton (qui souhaite un temps faire fusionner Littérature avec Dada sous la direction de Tzara), Soupault et Aragon (qui a parlé de sa poésie dans le premier numéro de Littérature en mars 1919) et qui tous trois ont hâte de le voir à Paris. Selon Tzara, les oeuvres dada doivent être "fortes, droites, précises et à jamais incomprises"*. 

Courant janvier - Parution aux Editions de la Nouvelle Revue Française (NRF, 35-37 rue Madame) du numéro 1 de la collection Les peintre français nouveaux, ouvrage illustré intitulé Henri Matisse, trente reproductions de peintures et dessins précédées d'une étude critique par Marcel Sembat. Marcel Sembat, député du 18ème arrondissement de Paris (élu en 1893, il conservera son siège jusqu'à sa mort en 1922), fut ministre des Travaux publics de 1914 (dans le Gouvernement de René Viviani ; Alexandre Millerand y était ministre de la Guerre) à 1916. Son chef de cabinet s'appelait Léon Blum. En 1897, il a épousé la peintre Georgette Agutte, élève de Gustave Moreau aux Beaux-Arts. Critique d'art et collectionneur, Marcel Sembat a rencontré Henri Matisse en 1903 et tous deux entretiennent depuis lors une abondante correspondance.     

    

12 février - Les députés élisent Raoul Péret (seul candidat) comme président de la Chambre des députés en remplacement de Paul Deschanel.

18 février - Paul Deschanel fait son entrée officielle à l'Elysée lors de la traditionnelle cérémonie de passation des pouvoirs. Le nouveau président de la République reconduit Millerand dans ses fonctions de président du Conseil. 

19 février - Paul Deschanel adresse un message au Parlement que Alexandre Millerand, président du Conseil, lit au Palais Bourbon tandis que le Garde des Sceaux le lit au Sénat. L'article 6 de la loi des 16-18 juillet 1875 relative aux rapports des pouvoirs publics précise que "le président de la République communique avec les Chambres par des messages qui sont lus à la tribune par un ministre". Le dit message commence ainsi : "Il n'est pas de plus haut destin que de servir la France. Je vous rends grâce de m'avoir permis de la servir encore avec vous."

 

21 février - Création du spectacle Le Boeuf sur le toit à la Comédie des Champs-Elysées avec les clowns Fratellini dans une mise en scène de Jean Cocteau, des décors et des costumes de Raoul Dufy et une musique de Darius Milhaud.

   

Courant février - Le Congrès national des Socialistes se tient à Strasbourg. La tendance communiste favorable à l'adhésion à la IIIème Internationale écrase la tendance réformiste. Mais le congrès en reste là. Seule est prise la décision d'envoyer au 2ème congrès de la IIIème Internationale qui doit se tenir à Moscou du 19 juillet au 7 août, Marcel Cachin et Jean Longuet (petit-fils de Karl Marx). Pendant que se tient ce congrès, la CGT lance un ordre de grève pour les cheminots de la compagnie PLM. Une dure réplique patronale entraîne un mouvement de grève dans les autres compagnies. Début mars, débute une grève des mineurs du Nord.

 

Février - Tristan Tzara publie dans le 6ème numéro de la revue Dada, la liste dans l'ordre alphabétique des collaborateurs du Mouvement Dada : membres fondateurs, artistes connus et inconnus, sympathisants de la première heure. Jean Cocteau, qui dès 1918 s'est auto-proclamé successeur de Guillaume Apollinaire s'attirant les foudres des dadaïstes, n'y figure pas ; Raymond Radiguet à qui André Breton a pourtant ouvert les colonnes de Littérature n'y figure pas davantage. 

3-16 mars - Deuxième exposition de la Section d'Or à la galerie La Boétie. C'est lors de la première exposition - qui s'était tenue en 1912 - que Guillaume Apollinaire avait annoncé l'apparition d'une nouvelle peinture, l'orphisme qu'il associait à Delaunay, Kupka et Picabia. La deuxième édition de ce salon provoque critiques et gausseries de la part des "dadaïstes". Albert Gleizes est raillé par Francis Picabia et Georges Ribemont-Dessaignes pour ses idées socialistes et religieuses.    

27 mars - Est jouée au théâtre de l'Oeuvre la pièce dada de André Breton et Philippe Soupault intitulée S'il vous plait.

Mars-avril - Séjour de Jean Cocteau et de Raymond Radiguet à Carqueiranne (entre Toulon et Hyères). 

 

Avril - Le dollar est à 16 francs ; l'indice des prix à la consommation atteint 412 (pour une base de 100 en juillet 1914).

 

16 avril - Vernissage au Sans Pareil (37 avenue Kléber. Téléphone : Passy 25 22) de l'exposition (jusqu'au 30 avril) de tableaux et dessins dada de Francis Picabia. Le peintre peine alors à trouver un éditeur pour son livre provocateur Jésus Christ rastaqouère. Le livre paraitra au Sans Pareil.  

 

18-26 avril - Conférence de San Remo

1er mai - Le 28 avril avril, la CGT donne ordre de grève générale pour le 1er mai pour les cheminots, les mineurs, les ouvriers du bâtiment et les dockers. A Paris et dans quelques grandes villes, il y a de violents affrontements entre manifestants et forces de l'ordre. Ces grèves irrégulièrement suivies prendront fin le 28 mai sans qu'aucun résultat n'ait été obtenu. Les compagnies ferroviaires révoqueront 18 000 cheminots soit 5% du personnel. Le gouvernement fera poursuivre la CGT en correctionnelle pour atteinte à la sûreté de l'Etat et nombre des ses membres seront arrêtés et emprisonnés sous l'inculpation de complot.

15 mai - Conférence de Hythe suivie le 21 juin de la Conférence de Boulogne puis les 6 et 17 juillet de celle de Spa. Durant toutes ces conférences qui ont pour but le règlement du problème des Réparations, les Anglais manifestent leur désir de ne pas accabler l'Allemagne sous le poids d'une dette intolérable. A la conférence de Spa, les Allemands sont pour la première fois admis à discuter sur un pied d'égalité avec les Alliés. La part des Réparations relative à la France est ramenée à 52% au lieu des 55% initialement prévue en 1919. 

24 mai - Paul Deschanel, à peine installé à l'Elysée, commence à donner des signes inquiétants de fatigue. Devant inaugurer à Montbrison (Loire) un monument élevé à la mémoire d'un sénateur mort au champ d'Honneur, le président de la République quitte Paris en train à bord de la voiture présidentielle. Près de Montargis, Deschanel tombe du train. Il  a été victime du syndrome d'Elpénor, c'est-à-dire victime d'un réveil incomplet se manifestant par la méconnaissance du lieu où l'on se trouve et qui se produit chez les sujets qui abusent de somnifères - ce qui est le cas de Deschanel - alors qu'ils couchent hors de leur domicile habituel ou qu'ils voyagent en train ou en bateau. 

25 mai - Alexandre Millerand reçoit la presse et lui expose les faits de la veille. "Après un pareil choc, dit en conclusion le président du Conseil, j'ai conseillé au président de la République de prendre quelque repos à Rambouillet, où peuvent aussi facilement se tenir les Conseils du Gouvernement."

     

Courant mai - Jean Cocteau, qui n'accepte pas d'être ostracisé par les rédacteurs de Littérature lance sa propre revue, Le Coq, dont le premier numéro parait en mai 1920. La revue ne comptera que quatre numéros (mai, juin, juillet-août-septembre et novembre). On peut y lire : "De son vivant on jette des pierres au poète. Après sa mort on ramasse la plus grosse pour lui faire un buste*."

 

 

 

 

 

* Source : Catalogue de l'exposition Jean Cocteau, sur le fil du siècle au Centre Pompidou du 25 septembre 2003 au 5 janvier 2004.

     

 

   

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