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6 décembre 2022 2 06 /12 /décembre /2022 10:43

 

 

Alors que janvier est déjà un mois sans alcool (Dry January en bon français), le premier mois de l'année 2023 risque d'être celui des coupures de courant pour les particuliers et les entreprises. Un mois où le Black (out) Friday se renouvellerait indifféremment le lundi ou le mercredi. C'est en tout cas ce que l'on répète à l'envi sur les chaînes de radio et de télé depuis quelques semaines, sombre perspective qui fait parler les loquaces journalistes, économistes, philosophes, assis sous les projecteurs de studios chauffés et moi les écoutant gloser un plaid sur les genoux et les pieds enveloppés dans des chaussons fourrés à tête de nounours. Chic chic, l'année qui s'annonce (elle arrive à grands pas) me replongerait alors cinquante ans en arrière, lorsque collégien j'allais en Angleterre pour des séjours linguistiques et que dans les vitrines des magasins je pouvais lire "Sorry no light" sur des écriteaux qui informaient l'aimable clientèle que la lumière était momentanément coupée et que la boutique était plongée dans l'obscurité parce que les mineurs étaient en grève et que le précieux charbon qu'ils extrayaient des mines n'alimentait plus les centrales électriques. C'était le temps de la semaine de trois jours dans l'industrie britannique pour économiser l'énergie. Ça ne nous rajeunit pas !, comme disaient à cette époque les adultes de ma connaissance, mais ça nous projette dans un futur antérieur. "Le jour qui va finir vaut le jour qui commence" a écrit Victor Hugo, alexandrin qui plaisait beaucoup à ce qui paraît, à Paul Eluard. Pour paraphraser le grand homme, le paraphraser mal car bien sûr ma plume n'aura jamais l'aisance qu'avait la sienne mais lui écrivait à la lueur de la bougie voilà toute la différence, mais tant pis je me lance : l'année qui va finir valait-elle celle qui commencera dans moins de quatre semaines ? 

On l'aime bien notre électricité. Même si son prix grimpe vers des cimes enneigées ou pas (0,0979 € hors taxe le kWh en 2017 ; 0,1458 € en septembre 2022*), on en a besoin pour recharger les téléphones que nous regardons plus que les trottoirs et les passants qui nous croisent dans la rue et qui nous servent moins à téléphoner qu'à commander vêtements, bouffe et billetterie ; les batteries des trottinettes qui roulent sur les trottoirs en se foutant pas mal du regard oblique des passants à pied, de nos automobiles électriques non polluantes (c'é sla oui !**), à faire fonctionner les ascenseurs de nos immeubles (même si nous habitons au premier étage), à éclairer les couloirs de nos facs, nos amphis, nos bureaux, nos hôpitaux, à nous diriger par les boulevards et les avenues après une soirée arrosée entre potes (sauf en janvier évidemment). Lors de l'Exposition universelle de 1937, l'électricité, on l'adorait tellement qu'on lui a consacré un pavillon entier, le palais de la Lumière et de l'Electricité avec fresque de 60 mètres de long sur 10 de haut peinte par Raoul Dufy. 600 m² en tout, comme je compte bien ; ça c'est l'effet magique d'une scolarité laborieuse et rondement menée. On l'appelait alors la fée électricité. 1937, l'année où l'on vantait le rôle social de la lumière (électrique), où la lumière était joie de la maison, une aide au travail et à l'école (pour éviter les accidents, ménager la vue), faisait vendre (la lumière - électrique - met en valeur les objets exposés dans une vitrine), etc***. Quatre-vingt-cinq ans plus tard, et malgré les restrictions préconisées dans les années 1970 lors du premier choc pétrolier (extinction des vitrines la nuit, fin des programmes tv à 23 heures et j'en passe) qui ont fait long feu, l'année 2023 sera ou ne sera pas l'année des lumières. C'est à nous de voir.

          

 

* Tarif EDF appliqué aux particuliers relevé sur mes factures.

** Vous pouvez changer le c par un t si ça vous chante.                              

*** Source : catalogue de l'exposition Raoul Dufy Le plaisir au musée d'Art moderne de la Ville de Paris (17 octobre 2008-11 janvier 2009)

 

 

La fée électricité se transformera-t-elle en sorcière ?

La fée électricité se transformera-t-elle en sorcière ?

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