Faire connaître la Louisiane et les Catalognes : Lieux, histoire et événements.
1901/1902 : Maillol-Picasso, vies croisées :
Fin décembre 1900, Picasso et Casagemas quittent Paris pour l'Espagne où ils passent le Jour de l'An 1901. A la fin du mois de janvier, Picasso va à Madrid tandis que Casagemas retourne à Paris où il se suicide d'un coup de revolver dans la tempe droite le 17 février vers 21 heures dans un bar du 128 boulevard de Clichy. A Barcelone, Picasso expose à la Sala Parés (carrer Petritxol, 5) puis de retour à Paname, expose en juin grâce à Pere Mañach avec Francisco Iturrino chez Vollard.
Aristide Maillol présente en décembre 1901, grâce à Pere Mañach, peintures, gravures, terres cuites et tapisseries lors d'une exposition collective chez Berthe Weill. Tandis que Maillol obtient sa première exposition personnelle en juin 1902 chez Vollard avec trente-trois oeuvres dont certaines font l'admiration de Mirbeau et Rodin, Picasso passe l'année 1902 (de janvier à octobre) à Barcelone. Il retourne à Paris le 19 octobre 1902 où il reste jusqu'à la mi-janvier 1903. Sa rencontre avec Maillol à Villeneuve-Saint-Georges se situerait donc entre le 19 octobre 1902 et le mois de janvier 1903, plus sûrement entre le 19 octobre et fin décembre puisque, Maillol ayant pris depuis quelques années l'habitude de passer les mois d'hiver à Banyuls, mention est faite d'un aménagement de son atelier de Banyuls à la fin de l'année 1902. (1) La fourchette se resserre donc puisque Picasso n'a eu que 70 jours pour aller rendre visite à Maillol à Villeneuve-Saint-Georges, laps de temps suffisant, direz-vous, pour organiser une rencontre dont la date exacte n'est pas précisée sur les panneaux d'information disséminés dans les salles qui accueillent en ce moment l'exposition Maillol. Picasso. Défier l'idéal classique au musée d'Art Hyacinthe Rigaud de Perpignan jusqu'au 31 décembre. Date qui n'est précisée nulle part ailleurs, date que vous ne trouverez dans aucun ouvrage, date exacte mystérieuse, date exacte inconnue.
On sait cependant que ce séjour à Paris a été pour Picasso un long calvaire, le peintre étant obligé de changer plusieurs fois d'hôtel (rue des Ecoles, rue Champollion, rue de Seine) avant d'être hébergé par Max Jacob dans une chambre que ce dernier louait sur le boulevard Voltaire. Malgré une exposition collective chez Berthe Weill entre le 15 novembre et le 15 décembre, exposition qui lui vaut un article flatteur dans la presse par le critique Charles Morice (ami de Gauguin) dans Le Mercure de France, ce séjour à Paris fut "le plus sinistre et le plus déroutant - trois mois de misère..." (2) "Trop pauvre pour s'acheter des toiles, pratique beaucoup le dessin" (3) A part ça, de nombreux détails restent dans l'ombre sinon dans l'obscurité. On peut se demander pourquoi Picasso a rendu visite à Maillol ? Qui a organisé la rencontre ? Comment Picasso est-il allé depuis la rive gauche où il logeait à Villeneuve-Saint-Georges ? Train, voiture collective hippomobile, véhicule appartenant à quelqu'un ? Puis une fois arrivé chez Maillol, de quoi ont-ils parlé ? Ont-ils parlé de leur travail ? Maillol (41 ans) a-t-il donné des conseils à Picasso (21 ans) ? Lui a-t-il apporté son soutien ? Beaucoup de questions laissées sans réponses hormis le fait que pour mettre un peu d'ambiance, se donner du baume au coeur, aussi pour se rappeler que les deux artistes avaient des racines catalanes, Picasso a entonné un chant catalan devant son hôte certainement ravi d'avoir face à lui quelqu'un qui parlait la langue de son pays. Maillol, catalan de naissance, a un nom (Mallol en catalan) qui signifie vinya novella, jeune vigne et cep jove, jeune plant de vigne* (traduction signalée dans l'exposition de Perpignan), tandis que Picasso, catalan de coeur, a un nom qui signifie (Picassó en catalan) picassa petita, hachette, petite hache (traduction non signalée dans la dite exposition). "Picasso entonne un chant catalan à l'occasion de sa première rencontre avec Maillol entre octobre 1902 et janvier 1903", peut-on lire au musée d'Art Hyacinthe Rigaud. Première rencontre signifie qu'il y en a eu une deuxième. Vers 1905 ? En septembre 1911, Maillol dans une lettre adressée à son ami le peintre hongrois József Rippl-Rónai a écrit : "Quant à Picasso il a déjeuné chez moi il y a six ans et je ne l'ai plus revu (....)" 1911 - 6 = 1905, ce qui signifie que Picasso aurait rencontré Maillol deux fois, la première fois à Villeneuve-Saint-Georges, le deuxième (ou seconde) fois à Marly-le-Roi. On peut se poser la question de savoir pourquoi Picasso n'a pas cherché à revoir Maillol à Banyuls tandis qu'il séjournait à Céret (1911, 1912, 1913) ? Picasso, dans les derniers mois de la Deuxième Guerre mondiale, n'aurait pas cherché à revoir Maillol, décédé en septembre 1944. Ils ne se reverront, à Perpignan dans les années 1950, que par sculptures interposées. Les lignes pouvant être lues dans l'ouvrage 2 cité ci-dessous ne seront pas retranscrites ici car ne faisant pas l'objet de la période qui nous intéresse (1900-1903) mais les lectrices et lecteurs de ce blog pourront les retrouver à la page 507 du dit ouvrage.
A suivre...
* Mallolada en catalan signifie vignoble.
(1) Catalogue de l'exposition Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie, musée d'Orsay (Paris), 12 avril - 21 août 2022, exposition présentée ensuite à Zurich puis à Roubaix.
(2) Un étranger nommé Picasso par Annie Cohen-Solal (Librairie Arthème Fayard, 2021).
(3) Musée Picasso. Catalogue des collections (Ministère de la Culture. Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris 1985).
Hormis les ouvrages déjà cités, la rédaction des quatre articles consacrés à l'exposition du musée d'Art Hyacinthe Rigaud a été rendue possible grâce aux livres suivants :
Museu Picasso (Guide français) par Claustre Rafart i Planas, conservatrice du Museu Picasso de Barcelone (Ajuntament de Barcelona, 1998), l'ABCdaire de Maillol (Flammarion, 1996), l'ABCdaire de Picasso (Flammarion, 1996).